Liban :

Contre l’oppression, c’est l’Etat bourgeois qu’il faut exploser !

Voilà deux ans que le prolétariat du Liban s'est levé. Deux ans depuis les mémorables journées d'octobre 2019, où le peuple travailleur avait fait sauter la soupape en engageant une lutte massive contre ses oppresseurs.

La rage et l'instinct de classe des milliers d'insurgés étaient alors parvenus à mettre momentanément en échec maintes tentatives de récupération ou d'apaisement. En effet, les places des grandes villes occupées par les masses avaient vu défiler successivement des politiciens véreux, des charlatans religieux, des chefs de milices ou autres types de bandits du Capital… Tous essayèrent de récupérer le mouvement de révolte à des fins politiciennes, mais la sentence populaire fut sans équivoque : « Tous, sans exception » ont été pointés comme des pourris, responsables de la misère et de la corruption !

Un an après le début du mouvement, cette corruption inhérente au système capitaliste a encore éclaté au grand jour avec l'explosion meurtrière du port de Beyrouth. Sans surprise, l’État, pour cacher sa responsabilité dans le désastre, n'a pas daigné rendre justice aux victimes et à leurs familles.

Depuis deux ans, aux problèmes de la misère, du chômage, du pourrissement des services publics, et de l'abominable tutelle religieuse, se rajoutent une répression et une pénurie exacerbées. Voilà ce que doivent surmonter les travailleurs révoltés du Liban, dont le courage et la détermination inspirent les révoltés du monde entier !

Mais la classe qui prospère sur le dos des exploités, la bourgeoisie, sait bien se défendre et comment venir à bout de cette révolte. Elle a pu concentrer, depuis son expérience de la guerre civile (1975-1990), toute l'expérience de la réaction mondiale dans les confins de ce petit pays. En effet, un éventail d'actions anti-ouvrières s'offre aux exploiteurs du Liban, allant de la propagande avilissante jusqu'à la répression massive du mouvement, en passant par l'assassinat politique ciblé. Par ailleurs, la division par la provocation de conflits religieux ou tribaux est un puissant levier réactionnaire pour autodétruire les exploités.

Et pendant que le peuple subit les atrocités de sa bourgeoisie, que font les organisations dites « ouvrières », politiques et syndicales ? Elles sont à la remorque de la gauche bourgeoise soi-disant progressiste ! A l'instar du Parti Communiste Libanais, ces traîtres se sont hâtés de présenter un « programme transitoire » comme seule issue au mouvement. Mais quelles perspectives donnent ce programme ? Il évoque « la forme sectaire et réactionnaire du pouvoir », le besoin de « laïcisation de l'État », le tout pour un meilleur « épanouissement de l'économie nationale » (c'est-à-dire de l'économie capitaliste)... Bravo les démocrates progressistes ! Pour les prolétaires conscients du Liban, il n'y a en effet aucune exception, ces politiciens sont tous les complices du système capitaliste !

Regardons de plus près cette imposture, celle du PCL, qui est aussi celle de ce prétendu mouvement ouvrier arabe de plus en plus soumis à la bourgeoisie. Elle consiste à critiquer « la nature rentière du capitalisme arabe, sa subordination à l'impérialisme », la « corruption » ou encore « la forme religieuse » du pouvoir d’État. Mais ce n'est jamais la domination du capitalisme qui est visée ! La société de classe n'est pas remise en cause ni pointée comme l'origine du problème. C'est une position de trahison de classe et de liquidation politique du prolétariat au profit d'une forme idéalisée, voire fantasmatique d'un « capitalisme national anti-impérialiste et propre ». Rien n'est ici de nature à répondre à l'urgence de la situation ni aux intérêts du prolétariat !

Camarades, ces postures traîtresses ne mènent jamais nulle part ! Il s'agit encore et toujours de l'illusion d'un État capable de contraindre les exploiteurs à se soucier de notre sort d'exploités. Au Liban comme ailleurs, l’État c'est celui des bourgeois, certainement pas celui du prolétariat ! Nous devons cesser d'exiger naïvement de la bourgeoisie des tâches politiques que nous sommes les seuls capables d'accomplir. Ces taches politiques, c'est bien contre la bourgeoisie que nous devons les assumer. Au lieu d'exiger, il est temps de faire ! Et pour faire, il nous faut construire nos propres organisations prolétariennes révolutionnaires, l'unique garantie de notre autonomie politique et de nos succès. C'est seulement ainsi que nous traduirons notre volonté révolutionnaire en véritable projet de rupture, non seulement avec la forme du pouvoir, mais avec sa nature capitaliste.  Seule notre lutte pour le socialisme, c'est-à-dire pour l'expropriation radicale des propriétaires de l'économie, permettra d'accoucher d'une société véritablement émancipatrice.

Camarades, devenons l’instrument libérateur de notre propre classe !

Explosons l’État ennemi !