Inde :

Les Naxalites à l'offensive

 

En ce printemps 2010 nous constatons une chose, qui n’a été relayée dans presque aucun des médias bourgeois : l’idéal communiste progresse aussi en Inde.

Récemment, ce sont 76 policiers indiens qui ont été abattus par les rebelles maoïstes. Inutile de préciser que les gouvernements, organismes internationaux, et les grands médias ont tous renouvelé leurs appels à lutter contre le « terrorisme rouge ».

Pourtant, en quoi les naxalites (nom donné aux rebelles, en référence au village de Naxalbari d’où est partie l’insurrection) sont-ils des terroristes ? Parce qu’ils défendent leurs terres contre les exploiteurs locaux et les compagnies internationales, notamment minières ? Pour avoir instauré des assemblées populaires, désirer la démocratie, la santé, l’éducation ? Pour avoir armé le peuple ?

A l’inverse, comment décrire l’action des milices armées par le gouvernement pour « tuer les rebelles », le vocabulaire génocidaire (« extermination de la vermine rouge »), les exactions, tortures, viols et massacres commis par les troupes gouvernementales, les lois récentes interdisant tout « soutient aux naxalites » ?

La situation a dégénéré à un tel point que des avocats ayant défendu des rebelles, ou des médecins les ayant soigné, ont été condamnés pour soutient à un groupe terroriste !

Là en est arrivé l’État indien, terrifié par une authentique guerre du peuple, qui va en progressant et se renforce ; faisant fi de l’offensive de l’armée.

Cet État est bloqué par ses contradictions, qu’expliquent bien la dialectique marxiste : opposition tout d’abord entre les castes qui régissent la société indienne, et celles qui sont exploitées (sans compter les minorités nationales ainsi que les femmes, qui savent leur intérêt défendu par la lutte de libération populaire). Ensuite, opposition entre les villes et leur petite élite occidentalisée et les campagnes, voire les jungles où évolue cette guérilla qui affecte désormais le quotidien de millions de gens. Opposition entre la réalité du terrain et la réelle propagande véhiculée par les médias étrangers. Opposition entre le modèle féodal et la démocratie capitaliste qu’essaye d’instaurer le régime comme fin en soi, sans aucun espoir, bien sûr, d’arriver au socialisme.

Une des particularités de l’Inde est sa division en castes : en 40 ans de lutte, les maoïstes ont produit une analyse marxiste de ce système, mélange de féodalisme et de capitalisme. Selon eux, on peut bien parler de lutte de caste. Ce système figé, privilégie malgré la mise en place de la démocratie libérale une élite urbaine bourgeoise opposée aux masses rurales des paysans sans terres provenant des basses castes, qui n’ont d’autre choix pour vivre que de récupérer la terre. Le facteur de caste, bien qu’important pour comprendre la société indienne, ne donne pas toutes les clés de la compréhension du naxalisme. On retrouve chez les rebelles des membres des castes traditionnellement opprimées (dalits, intouchables…) mais aussi des non-hindous sans terres ou des membres d’autres castes dépossédées. La revanche de caste qui anime une partie des luttes sociales indiennes s’est donc fortement transformée en revanche de classe transcendant les castes. L’ennemi est aussi étranger avec des compagnies comme Posco (sud-coréenne) armant des milices pour chasser les villageois des terres exploitables.

La violence est un trait constitutif de l’état bourgeois. Il est donc naturel qu’une journaliste comme Arundhati Roy – elle aussi mise en procès suite à ses investigations – note le vaste soutient populaire dont bénéficie l’insurrection naxalite.

Sur les murs des villes fleurissent les slogans appelant les rebelles à « venir les délivrer » : la vision d’une population coincée entre des terroristes et le gouvernement, souvent véhiculée par les grands médias, ne résiste pas à une enquête approfondie. Il est clair que c’est une véritable offensive menée par le peuple, suivant des revendications simples : rejet de l’exploitation de la bourgeoisie locale et des grosses compagnies, parité, démocratie directe, progressisme ; ce que les naxalites veulent, c’est le socialisme !

S’ils ont réussi à s’implanter ainsi dans la population et à perdurer, alors même que des partis communistes légaux et parlementaires existent, c’est grâce à une stratégie très efficace d’implantation dans les vastes zones totalement délaissées par le gouvernement indien.

Apportant avec eux une forme de démocratie populaire, offrant aux villages les outils de leur émancipation, leur présence affecte le long du « corridor rouge » des millions d’êtres humains dans un des pays les plus peuplés du monde.

Leur force militaire, estimée à 20 000 combattants, (dont 40% de femmes !) grandit de jour en jour. Si cela reste une goutte d’eau face à l’étendue des forces militaires, policières et des milices au service des propriétaires terriens, le gouvernement la craint assez pour parler de « première menace pour la sécurité nationale » et déclencher à l’automne dernier l’opération Green Hunt. Devant le fiasco de celle-ci, le ministre de l’intérieur P. Chidambaram a donné sa démission (rejetée par le président).

L’armée indienne en est réduite à envisager l’achat de drones et à la formation -par les services secrets israéliens- d’une trentaine de hauts officiers, aux techniques d’assassinat ciblé, pour décapiter la guérilla populaire.

Quelles sont les leçons à tirer de cette guérilla qui, après 40 ans d’effort, s’est enfin considérablement développée dans les 5 dernières années ?

-Déjà, que la voie du peuple n’est pas celle suivie par les grands partis parlementaires, qui ne permettent pas de mettre en place le communisme ; si des régions sont devenues communistes, leur affiliation au gouvernement fédéral réduit considérablement leurs possibilités et désavoue le combat des travailleurs pour leur émancipation.

-Ensuite, que la stratégie « résistance maintenant – révolution demain » porte ses fruits si la résistance consolide ses bases et agrandit ses acquis en se fondant dans le peuple, en le gagnant à sa cause.

Il nous semble néanmoins important de mettre en garde les camarades indiens quant à un risque de dérive vers la stratégie maoïste de la révolution par étape, impliquant un soutien aux partis parlementaires progressistes avant la révolution socialiste ; c’est la ligne suivie par les communistes légalistes, et le débat est récurent au sein même des naxalites. Le danger d’une pacification de la rébellion dans une optique de révolution par étape en Inde pourrait retarder voir annihiler leur poussée révolutionnaire.

-Finalement, cette guérilla populaire nous rappelle que la théorie marxiste est la théorie juste, permettant la victoire du peuple et sa complète libération en lui donnant les armes tactiques et stratégiques dont il a besoin dans ses luttes.

Soutien total à la lutte anti-impérialiste de base. Partout dans le monde, dressons nous ! Vive la guerre du peuple indien !

ARTHUR

Publié dans Combat n°13 Mai/Juin 2010