Vers le pourrissement du mouvement

ou 

vers un pouvoir des Assemblées Populaires ?

 

L'avenir de notre mouvement de lutte en Gilets Jaunes dépend de la qualité de ses fondations. Si la spontanéité première des blocages routiers a permis la constitution de groupes avec des lieux d'encrage, notre mouvement peine à se structurer collectivement.

D'une manière générale, c'est toujours la logique des bandes qui domine la lutte, par l'intermédiaire de réseaux sociaux généralement déconnectés de toute structure de lutte.

Où est le problème ?

Les réunions organisées par le mouvement n'ont, le plus souvent, pas su se structurer en véritables Assemblées Populaires. Certes, plusieurs d'entre elles ont eu cette prétention. Mais les initiatives intéressantes en ce sens n'ont que très rarement su encadrer ou dépasser le fonctionnement des bandes et des réseaux internet.

Notre incapacité actuelle à dépasser le fonctionnement des groupes pose donc de nombreux problèmes et détruit, peu à peu, le mouvement de l'intérieur.

Premièrement, ce fonctionnement implique des rivalités. Il sème de facto la discorde, provoque des tensions et pousse de nombreux camarades à se désengager du mouvement.

Deuxièmement, face à un appareil d'Etat centralisé, un mouvement de lutte divisé et incapable de se coordonner ne pèse pas bien lourd. Il devient rapidement vulnérable, il fait l'objet d'une répression ciblée et de la corruption de ses chefaillons.

Troisièmement, ce fonctionnement clanique interdit ou, tout du moins, freine le développement du mouvement car il complique l'engagement en son sein. En effet, les groupes constitués laissent l'immense majorité des lutteurs en dehors d'un véritable collectif de lutte, et limitent généralement l'implication des mobilisés aux manifestations du samedi et aux échanges stériles - et souvent lamentablement puérils - sur les réseaux sociaux...

Que faire ?

Il faut initier, participer et encourager les tentatives de construction d'un véritable cadre collectif de la lutte ! Ainsi les réunions "organisées" dans le cadre du mouvement des Gilets Jaunes doivent être investies. Mais cela ne suffit pas ! Il faut encore faire en sorte que ces réunions soient transformées en Assemblées Populaires !

N'en déplaisent à ceux qui usent et abusent du terme, une Assemblée Populaire ou une Assemblée Générale (AG) n'est pas un club de discussion avec un simple tour de parole. Par définition, une Assemblée Populaire est une instance démocratique de la lutte, souveraine et décisionnaire !

Le principe n'est pas nouveau ! Tous les mouvements de lutte depuis plus d'un siècle ont élaboré une forme de démocratie directe ! Cette démocratie populaire, qu'on l'appelle soviétique, conseilliste, ou pouvoir des Assemblées Générales (AG), a toujours été radicalement opposée au pouvoir des riches et à leur pseudo-démocratie électoraliste, représentative et parlementaire.

Comment ça marche ?

Premièrement, l'art et la manière de décider ensemble ne s'improvisent pas. Il faut nécessairement un cadre, des principes et des règles. S'il n'y a pas de comité organisateur pour encadrer les débats, acter les votes ou les décisions prises, il n'y a pas de démocratie possible, c'est inéluctablement la loi des groupes informels et de leurs chefs incontrôlés qui reprend ses droits.

Deuxièmement, de par son essence même, notre démocratie fonctionne sur les principes du mandat et de la révocabilité des responsabilités, que celles-ci soient individuelles ou collectives (comités). En Assemblée Populaire, il n'y a donc pas de corruption, ni de privilège, c'est la base du collectif qui impose un contrôle sur ses chefs et ses élites. Comme le défendait Lénine, le principe c'est d'inverser le sens de la pyramide sociale ! 

Troisièmement, notre démocratie se forge comme "un corps législatif et exécutif à la fois" (Karl Marx). Autrement dit, c'est une démocratie engageante qui n'admet pas les logiques individualistes du "rien n'engage à rien" ou du "chacun fait ce qu'il veut". Une Assemblée Populaire doit donc bien délimiter ses contours et faire autorité pour l'ensemble de ses membres. Ceux-ci sont nécessairement engagés au-delà de leur vote individuel et doivent se plier à la décision de la majorité. De la même manière, tous les membres d'une Assemblée doivent s'impliquer à hauteur de leur moyen et de leur disponibilité dans l'exécution des décisions prises ensemble.

Vers où devons-nous aller ?

Né au cours de la lutte, le pouvoir des Assemblées Populaires a nécessairement une destinée révolutionnaire ! En effet, c'est bien parce que nous avons déjà compris, ou tout du moins pressenti, que leur démocratie ne nous représente pas que nous décidons d'ériger la nôtre.

Nous construisons donc un pouvoir concurrent à celui de nos riches exploiteurs, incarnés et défendus par l'Etat en place. En allant encore plus à fond dans cette voie, nous commençons réellement à pouvoir envisager de prendre les commandes de tous les aspects de la société. A ce stade de développement, la destruction révolutionnaire du pouvoir d'Etat ennemi s'impose comme une nécessité pour avancer. Ainsi, l'action insurrectionnelle victorieuse ouvre la voie aux pleins pouvoirs des Assemblées Populaires. L'expropriation des capitalistes est rapidement décidée et toutes les richesses naturelles, économiques ou sociales sont appropriées collectivement. Par la nationalisation révolutionnaire des entreprises, toute l'économie est réorganisée et ramenée au service du peuple ! Nous gagnons la liberté de décider de tout !

Ainsi, notre lutte accouchera d'un monde meilleur qui, à son tour, offrira le cadre permissif d'édification d'une société nouvelle, sans classe sociale et sans Etat :

La société communiste !