Leur démocratie et la nôtre

 

La société actuelle est caractérisée par l’opposition entre deux classes sociales. D’un côté il y a la bourgeoisie, les détenteurs des moyens de production, c’est-à-dire les propriétaires de l’économie et les maîtres de la société. De l’autre, il y a le prolétariat, ceux qu’on oblige à vendre leur force de travail contre un salaire, c’est-à-dire les travailleurs salariés, l’immense majorité du peuple, les esclaves modernes.

A chacune de ces deux classes correspond un type de fonctionnement économique et social. Les bourgeois défendent l’ordre actuel, c’est-à-dire le capitalisme, une économie fondée sur la propriété privée et orientée vers la satisfaction des profits. Les prolétaires défendent un modèle communiste, c’est-à-dire une économie à caractère public, orientée vers la satisfaction des besoins de l’humanité.

Mais ces deux classes sociales défendent aussi chacune un type de démocratie particulier. Ce n’est pas seulement une question d’idéal, c’est une réalité historique : il y a la démocratie des riches capitalistes, pensée pour assurer leur domination. Mais il existe aussi une démocratie des pauvres, développée pour permettre leur libération. Tâchons donc d’y voir un peu plus clair.

La démocratie parlementaire (bourgeoise)

Il y a deux à trois siècles, la bourgeoisie populaire de l’époque a initié le renversement de la classe des nobles qui dominait les sociétés humaines depuis de nombreux siècles. La fraction riche de la bourgeoisie est ainsi devenue la classe sociale dominante. Elle a développé l’économie industrielle moderne en exploitant un nombre toujours plus grand de travailleurs pauvres. Ces derniers, une fois privés de leur outil de travail traditionnel, sont devenus la classe sociale des salariés (le prolétariat). La riche bourgeoisie est quant à elle devenue capitaliste. Elle a constitué ses Etats et a progressivement élaboré son modèle démocratique : le parlementarisme.

Dès le 19ème siècle, la bourgeoisie avait une préoccupation centrale : accorder progressivement la « citoyenneté » au peuple et faire en sorte que « le droit de vote » constitue une sorte de soupape de sécurité face aux risques d’une révolution initiée cette fois par les travailleurs salariés. Et il faut reconnaitre que ce procédé de domination a plutôt bien fonctionné jusqu’à aujourd’hui. Malgré plusieurs tentatives révolutionnaires, les salariés n’ont toujours pas renversé la bourgeoisie mondiale, et ce pour une raison historique fondamentale : les grands mouvements politiques des salariés se sont tous fait absorber -et corrompre- par la démocratie parlementaire de la bourgeoisie ! Cette vérité incontestable, nous sommes très peu à la mettre en lumière ! Mais elle est incontournable pour comprendre le monde… Et pour pouvoir le changer !

Le prolétariat pouvait-il espérer arriver à la tête de l’Etat des bourgeois grâce à leur démocratie parlementaire ? Bien sûr que non ! Ce n’est jamais arrivé et ça n’arrivera jamais ! Le prolétariat a toujours dû dans l’histoire passer par une révolution violente, par une guerre de libération ou par l’aide d’une intervention militaire pour renverser la bourgeoisie et bâtir son propre Etat ! Ce sont là encore des faits indubitables ! La démocratie bourgeoise est en effet conditionnée pour conserver l’ordre établi. Il y a une constitution, un sénat en guise de verrou conservateur, une armada de hauts fonctionnaires d’Etat liée à la bourgeoisie, ou encore un système de cooptation des politiciens, autant de raisons qui interdisent toute illusion sur un passage démocratique et pacifique d’un ordre social à un autre.

Car la démocratie bourgeoise répond à une loi fondamentale : son niveau d’accomplissement est proportionnel au degré de soumission de la population. En Suisse par exemple, où les travailleurs ont de bien meilleurs salaires que dans le reste de l’Europe, les référendums sont courants. Il y a quelques années, les suisses avaient répondus à plus de 65% qu’ils étaient contre la baisse du temps de travail… Un positionnement masochiste caractéristique d’un haut niveau de soumission à l’idéologie de la bourgeoisie ! Dans ce cas, la démocratie bourgeoise s’épanouie et se renforce.

Inversement, si la population ouvrière est insoumise, organisée et en vient même à prétendre au pouvoir, la bourgeoisie baisse son niveau d’accomplissement démocratique et peut même recourir au fascisme ! Celle-ci n’est pourtant pas fasciste et elle n’aime pas le fascisme, mais elle peut le devenir lorsqu’elle risque de tout perdre du fait d’une poussée révolutionnaire du mouvement ouvrier. Dans ce cas, la bourgeoisie en vient à confisquer les libertés démocratiques et son Etat prend la forme d’une dictature sanglante pour en finir avec la menace politique des travailleurs salariés organisés en partis et en syndicats !

Telle est la loi qui conditionne la démocratie parlementaire. Les bourgeois aiment la démocratie mais seulement celle qui les arrange, pour corrompre le mouvement ouvrier d’une part, et pour cautionner leur domination sur la population d’autre part.

Telle est la vraie nature de la démocratie bourgeoise : une duperie savamment orchestrée pour maintenir l’ordre établi !

La démocratie soviétique (prolétarienne)

Le prolétariat a lui aussi développé au cours de l’histoire son propre modèle de démocratie. Au 19ème siècle, la toute jeune classe des travailleurs salariés avait très vite ressenti le besoin de s’organiser face à l’arbitraire du patron ou au cours de ses premières luttes. Cependant, rien n’était alors très élaboré. Marx lui-même n’avait pas encore une idée très claire du type de démocratie nécessaire aux salariés. En 1871, il évoquait simplement l’idée d’un « corps agissant, exécutif et législatif à la fois » qu’il opposait au parlementarisme bourgeois destiné selon lui « à fouler au pied le peuple ». C’est en 1905, lors de la première révolution russe, qu’une forme de démocratie ouvrière plus aboutie vit le jour : les soviets. Ces derniers étaient des instances démocratiques des salariés, des « conseils ouvriers » composés de représentants des différentes assemblées de travailleurs. La démocratie soviétique était née. Cette nouvelle forme de démocratie prolétarienne n’était pas le fruit d’une théorie. Elle était le produit authentique du mouvement réel du peuple ouvrier élevé au rang d’acteur politique. Depuis, cette forme de démocratie s’est manifestée aux quatre coins du monde et est devenue la forme d’organisation démocratique incontournable de toutes les luttes salariées. Parfois nommée « démocratie directe », « démocratie des comités » ou encore « démocratie des assemblées générales », la démocratie soviétique est devenue la forme incontestée de pouvoir du prolétariat. Avant même de prendre conscience de la portée subversive de leur démocratie, les travailleurs salariés mobilisés décident en assemblées générales. Ce faisant, ils créent les embryons d’un pouvoir démocratique concurrent du parlementarisme bourgeois.

Contrairement à la démocratie bourgeoise, la démocratie salariée se caractérise par :

  • Un niveau de mobilisation et de conscience important de la population, sans laquelle elle ne peut exister (à l’inverse de la démocratie bourgeoise qui dépend, nous l’avons vue, d’un certain niveau de léthargie et de soumission politique).
  • Une existence fondée sur le débat participatif et interactif dans des assemblées qui nous positionnent et nous encouragent tous à prendre une place d’acteurs (contrairement au rôle d’« électeurs » ou de « spectateurs » passifs que nous assigne le pouvoir bourgeois)
  • Le principe du mandat et de la révocabilité des représentants et des différents responsables (à l’inverse des politiciens bourgeois qui, une fois élus, ne sont jamais tenus de tenir leurs promesses et leurs engagements)
  • Le principe du vote à mains levées, assumé publiquement (loin des « urnes » et du « bulletin secret » chers à cette bourgeoisie lâche et mesquine pour qui nul n’est tenu d’assumer ses choix).
  • Le principe collectiviste des décisions majoritaires concrétisées en action pour tous et opérées par tous (Aux antipodes de l’individualisme bourgeois pour qui rien n’engage à rien et où chacun fait ce qu’il veut).

En somme, la démocratie du prolétariat est une forme de démocratie « supérieure ». C’est une démocratie dynamique, qui élève les consciences et partage les connaissances pour assurer notre libération. Elle n’a rien de « libertaire », c’est une démocratie engageante taillée par et pour le combat de classe. Au cours d’un processus de lutte, elle développe inévitablement ses prérogatives : elle se coordonne sur une large échelle et encourage la constitution de toutes sortes de comités spéciaux. De par son essence même, c’est une démocratie révolutionnaire destinée à remplacer intégralement l’Etat et la démocratie des bourgeois.

Conclusion

Deux classes sociales pour deux conceptions de la démocratie. La première, celle des bourgeois, est pensée pour la conservation de leur domination. La seconde, celle des prolétaires, est taillée pour permettre notre libération. Conservation contre libération, il n’y a pas de compromis ou de conciliation possible entre les classes ! La pernicieuse supercherie démocratique des puissants devra, tôt ou tard, céder sa place à la fougue libératrice du peuple organisé en assemblées ! Ainsi, sans pour autant prétendre accomplir le mythe d’une démocratie pure et parfaite, le pouvoir des assemblées concrétise le plus haut degré de souveraineté populaire de l’histoire. Ainsi, l’idée du « pouvoir au peuple » se concrétise dans la lutte pour notre objectif libérateur : le communisme !