Qu’est-ce que la conscience de classe ?

 

Parler de la conscience de classe présuppose évidement de rappeler ce que sont les classes sociales. Par définition, elles désignent les regroupements humains selon leur place, ou leur position dans le système économique.

Elles ne peuvent être confondues avec les fonctions ou les professions, et s’inscrivent dans un rapport de domination relatif au mode de production de chacune des sociétés dans l’histoire. Depuis la division en classes de la société, plusieurs systèmes de domination se sont ainsi succédés. Les maîtres exploitaient les esclaves à la période antique, les nobles exploitaient les paysans-serfs à la période féodale, et enfin, notre époque capitaliste se caractérise par l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. A chacune de ces époques, les classes dominantes ont constitué des appareils de répression, les Etats. Mais elles avaient également besoin d’une idéologie pour justifier leur domination sur le reste de la population. A la période féodale, c’était, par exemple, la religion qui occupait cette fonction d’asservissement. Pour briser la domination des nobles, la classe révolutionnaire de l’époque, la bourgeoisie, a donc dû, grâce à la philosophie et à la science, libérer sa conscience de l’obscurantisme religieux. A notre époque, c’est au tour du prolétariat de relever ce défi historique. Pour cela, pour émanciper sa conscience, il devra nécessairement comprendre ses intérêts et apprendre à les défendre. 

Après un nécessaire tour d’horizon sur les classes sociales en présence, nous tacherons d’expliquer ce qu’est la conscience de classe, et démontrer son importance fondamentale pour la principale classe exploitée, le prolétariat.

A) La bourgeoisie

1) Bourgeois d’antan

La bourgeoisie s’est radicalement transformée durant les deux ou trois derniers siècles passés. Avant de devenir la classe dominante, et de développer une société industrielle fondée sur l’exploitation des prolétaires, les bourgeois constituaient ni plus ni moins, les classes populaires. Etymologiquement lié aux villes (« bourg »), nous pouvons cependant considérer par élargissement que la classe des paysans, à la fois héritière directe des serfs et propriétaire de la terre et du bétail, constitue une composante rurale de la bourgeoisie. Les bourgeois d’antan étaient telle une masse de travailleurs indépendants. D’un point de vue marxiste, le bourgeois originel n’est donc pas un exploiteur, il se définit comme un possesseur de ses moyens de production ou d’échange, vivant de la vente de biens, de services ou de son capital. Dans les villes, les bourgeois artisans, qui n’exploitaient encore personne, se regroupaient en corporation de métiers. Dans les campagnes, les paysans serfs n’aspiraient qu’à devenir des propriétaires libérés du joug de la noblesse. Historiquement, c’est le peuple bourgeois qui modernisait et urbanisait peu à peu la société médiévale. En développant les progrès techniques, scientifiques et philosophiques, il ne pouvait que finir par renverser l’omnipotente classe des nobles. Ce fut le cas durant la grande révolution française de 1789. Cependant, quelques riches bourgeois commerçants eurent bien vite l’idée d’investir dans des locaux et dans des outils de production pour faire travailler les masses de miséreux venus des campagnes. Ces riches devinrent des bourgeois capitalistes et les miséreux parqués dans les premières manufactures devinrent des travailleurs salariés, une nouvelle classe sociale d’exploités.

2) Les classes petites bourgeoises

A notre époque du capitalisme pleinement développé à l’échelle mondiale, les classes sociales traditionnelles de la petite-bourgeoisie, c’est-à-dire les artisans, les commerçants, les paysans, et autres professions libérales, ont fortement périclité. Leurs membres sont désormais minoritaires au niveau mondial, et ne représentent plus qu’une petite partie de la population dans les pays économiquement avancés comme la France. Les petit-bourgeois sont une survivance du passé, les restes d’une vieille société largement fondée sur le travail domestique et l’entreprise familiale. Encore majoritaires en France dans les années 50, les membres des classes petite-bourgeoises, ne représentent plus qu’environ 10% des travailleurs, les 90% restants étant des travailleurs salariés, c’est-à-dire des prolétaires. Les petits-bourgeois d’antan ont donc été massivement condamnés par le développement capitaliste à sombrer pour venir gonfler les rangs du prolétariat.

Aujourd’hui, la France compte encore entre deux et trois millions de petit-bourgeois. La moitié d’entre eux environ sont des travailleurs indépendants qui n’exploitent personne, mise à part parfois les membres de leur propre famille. L’autre moitié est composée de  patrons de toutes petites entreprises employant un nombre très limité de salariés. Les petit-bourgeois sont des travailleurs, ils participent directement à la production. C’est cela qui les distingue du bourgeois capitaliste qui se contente de gérer ses affaires.

Très liés à leur corps de métier, les petits bourgeois composent encore de nombreux secteurs de la vie économique. Du notable qui pavane dans les grandes villes au petit paysan isolé dans sa campagne, la petite-bourgeoisie englobe des traditions et des mœurs très diverses. Cependant, d’un point de vue prolétarien, les petits bourgeois ont aussi très souvent des caractéristiques communes. Ils ont généralement une mentalité propre, des formes de conscience de classe rudimentaires déterminés par leur statut de petits propriétaires ou de petits entrepreneurs.

Les petits bourgeois ne sont pas tous riches, certains gagnent même encore moins que le prolétaire moyen, mais, sauf quelques rares exceptions, ils n’en partagent pas moins les préjugés libéraux de tout bon bourgeois. Condamnés à l’agonie sous la concurrence du grand capital, et souvent perfusés d’aides sociales (éleveurs-agriculteurs avec la PAC, médecine libérale avec la Sécu, etc.), ils restent paradoxalement des défenseurs d’un libéralisme économique extrême. Par conséquent, les petits bourgeois sont généralement des ennemis politiques résolus du prolétariat et alimentent souvent les idées les plus réactionnaires, notamment d’extrême-droite. C’est d’ailleurs dans les toutes petites entreprises, notamment dans la restauration ou dans le bâtiment, que les salariés subissent la pire exploitation et l’arbitraire patronal le plus sauvage. Et qui ne s’est pas fait arnaquer en recourant aux services de la petite-bourgeoisie qui, profitant de son monopole dans quelques domaines, facture sans vergogne 50, 100 ou 200 euros l’heure de travail (plombier, garagiste, avocat, etc.) ?!!

Car le système du petit entreprenariat privé est devenu une aberration, un archaïsme économique qui prive la population modeste de l’accès à de nombreux services. Il est désormais évident que les professionnels doivent être regroupés, en tant que travailleurs salariés, dans des pôles de services publics au plus près des besoins de la population. Et, même si les petit-bourgeois sont généralement hostiles à cette perspective, c’est souvent leur intérêt de devenir des salariés, avec une retraite, des congés payés, en un mot davantage de temps et de sécurité pour aspirer à être enfin des hommes libres et dignes ! C’est en effet le prolétariat qui représente l’avenir. Il peut faire mieux et à tous les niveaux ! Une fois au pouvoir, il assurera des services accessible à tous, il organisera une production agricole viable sur les plans écologiques et sanitaires, il préservera et développera les savoir-faire artisanaux, tout comme il imposera une distribution débarrassée du parasitisme des commerçants, ces voleurs qui vendent à prix d’or une marchandise achetée 3 ou 4 fois moins cher ! Ainsi, même si les petit-bourgeois ne sont pas la cible prioritaire, ils ne seront pas épargnés bien longtemps par le programme d’expropriations et de nationalisations du prolétariat.

3) La bourgeoisie capitaliste

Bien-sûr, avant de parler de la grande bourgeoisie capitaliste, il faut mentionner la moyenne bourgeoisie, ces patrons intermédiaires « à l’ancienne » pas encore englobés dans le système de l’actionnariat et du capitalisme financier. Généralement leur pouvoir d’influence se limite à un espace géographique relativement restreint, par exemple à l’échelle d’une ville. Au niveau local, le bourgeois capitaliste intermédiaire contrôle ou influence toute la vie politique. Sa mentalité oscille entre celle du petit bourgeois, celle du patriarche mafieux, et celle du grand-bourgeois éclairé.

La haute bourgeoisie est la classe dominante à l’échelle internationale. En 2007, le journal le Monde comptabilisait 97 970 bourgeois ayant un capital supérieur à 30 millions d’euros. Dans l’entre-deux guerre, on parlait des « deux cents familles » en ce qui concerne la France. La grande bourgeoisie, en tant que telle, n’est donc qu’une toute petite minorité de riches parasites qui détiennent, de façon privative, les structures de l’économie mondiale.

Elle est certes numériquement faible, mais elle est toute puissante sur les plans politiques, économiques et idéologiques. Elle est à l’origine des Etats, des lois, des constitutions, et de l’idéologie dominante, avec ses écoles de pensée, comme la franc-maçonnerie et avec ses valeurs présentées comme universelles, telles que la démocratie, l’humanisme, le libéralisme, les droits de l’homme, ou la citoyenneté. Elle dicte l’ensemble des politiques gouvernementales des Etats capitalistes. Elle contrôle tous les politiciens, même si ceux-ci sont très souvent directement issus de ses rangs. Comme l’ont notamment étudié les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, la haute bourgeoisie fonctionne dans un monde fermé et cohérent. Ses membres sont cooptés dans des cercles intermédiaires selon des critères de classe, qui vont au-delà du simple aspect financier. 

Dans le passé, la conscience de classe de la bourgeoisie capitaliste restait bornée par une représentation « idéalisée » de son propre système. La bourgeoisie considérait alors les lois du marché comme quelque chose de « naturel » et n’avait qu’une conscience limitée des conditions historiques et sociales pour perpétuer sa domination. Elle a depuis acquis, forte de ses expériences de luttes contre le prolétariat, une conscience de classe beaucoup plus avancée. Malgré la concurrence économique en son sein, elle a conscience de ses intérêts communs et sait parfaitement faire front contre un éventuel danger du mouvement ouvrier (commune de Paris, guerre froide, etc.).

Au fil des siècles et des décennies elle a perfectionné son système de domination de classe et elle a parfaitement conscience que son pouvoir repose désormais essentiellement sur sa capacité à maintenir le prolétariat dans un relatif sommeil politique.

« Il y a une guerre de classes, bien sûr, mais c'est ma classe, celle des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner » (Déclaration de Warren Buffet, seconde fortune des USA, dans le New York Times le 26 novembre 2006)

La bourgeoisie peut, certes, s’enorgueillir d’avoir remporté des batailles, mais elle ne gagnera jamais la guerre de classes ! Pour prolonger son règne, elle entrave inévitablement le bon développement de toute l’humanité. Elle exacerbe des contradictions qui ne cesseront jamais de créer les conditions à sa propre extinction en tant que classe.

« la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort ; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires » Marx, Le Manifeste du parti communiste, 1848.

B) Le prolétariat

1) La classe « en soi » (réalité objective)

Le prolétariat se définit, rappelons-le, comme la classe sociale de ceux qui, pour vivre, doivent vendre leur force de travail contre un salaire. Le prolétariat englobe pratiquement l’ensemble du salariat, excepté une toute petite frange de salariés très aisés, détenant,  par exemple, un capital immobilier leur permettant de vivre d’une rente.

La classe sociale du prolétariat est composée d’une importante minorité de sans-emplois, de travailleurs à temps partiel ou en contrat précaire, et d’une base, encore légèrement majoritaire, d’exploités « stables ». Sur le plan des revenus, les prolétaires à temps plein sont assez homogènes. Leurs salaires oscillent à 90 % dans une fourchette située entre 1100 et 3300 euros mensuel, et plus de la moitié n’excède pas les 1500 euros net. Ainsi, seule une toute petite partie de cette classe, comme les 1% de salariés gagnant plus de 7000 euros/mois, peut être considérée, et encore, comme partiellement étrangère à la communauté d’intérêt prolétarienne. Quant à la « classe moyenne », rappelons que c’est une notion complètement arbitraire, non scientifique, une invention de la bourgeoisie pour diviser et nier l’existence du prolétariat.

De par leur rapport à la richesse créée, les prolétaires ont des intérêts diamétralement opposés à ceux de l’employeur, que celui-ci soit d’emblée une entreprise capitaliste, ou qu’il soit représenté par les structures publiques ou associatives de la société bourgeoise. Ainsi, la lutte entre les classes sociales est inévitable, car toute la richesse accumulée par la bourgeoisie trouve, en dernière instance, sa source dans l’exploitation des travailleurs salariés. Aujourd’hui, les principaux secteurs de l’économie fonctionnent sur la base du travail salarié. Que ce soit dans le secteur primaire (extraction, agriculture, etc.), dans le secteur secondaire (industrie, bâtiment, etc.), ou dans le secteur tertiaire (distribution, service, transport, manutention, etc.), les prolétaires modernes sont devenus une hyper-classe de producteurs. En se développant, le prolétariat a également accumulé toutes les compétences et tous les niveaux d’instruction. Avec ses techniciens spécialisés, ses ingénieurs et ses millions de travailleurs ayant acquis un bagage universitaire, il n’a plus besoin de la bourgeoisie pour faire fonctionner l’économie et la société. Il est incontestablement devenu une très puissante « classe en soi », mais il doit encore devenir une « classe pour soi » pour développer son potentiel révolutionnaire et renverser la bourgeoisie capitaliste.

2) La conscience de classe du prolétariat

« L'histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste, c'est-à-dire à la conviction qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, réclamer du gouvernement telles ou telles lois nécessaires aux ouvriers, etc. Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes, par les intellectuels. Les fondateurs du socialisme scientifique contemporain, Marx et Engels, étaient eux-mêmes, par leur situation sociale, des intellectuels bourgeois. »  Lénine, Que faire 1902.

Cette vérité historique est partiellement dépassée par l’évolution du prolétariat, qui fort d’un héritage politique et de savoirs universitaires peut désormais produire intrinsèquement ses propres élites intellectuelles. Cependant, cette idée générale reste largement d’actualité dans la réalité concrète de la lutte des classes. Lorsque leurs intérêts sont menacés par la bourgeoisie, les prolétaires peuvent développer par eux-mêmes un début de conscience de classe et s’engager sur le plan syndical. Ils développent ainsi la conscience d’être dans le même bateau, d’avoir des intérêts communs à défendre en matière de salaire, de temps de travail ou de sauvegarde de leur emploi. Mais ils ne sont cependant pas encore conscients des perspectives politiques et révolutionnaires propre à leur classe. Ils défendent leurs intérêts immédiats, mais ont généralement besoin que des militants politiques (qui peuvent tout à fait être dans l’entreprise) apportent quelque chose « d’extérieur », un programme politique révolutionnaire qui dépasse l’horizon du système capitaliste.

D’une manière générale, les travailleurs salariés ne bénéficient pas d’emblée d’une conscience de classe. Celle-ci se construit en lien avec les rapports de domination existants. Ainsi, les travailleurs salariés développent d’abord des réflexes, des instincts et des aspirations de classe.

Ils aspirent, par exemple, à davantage de temps libre pour eux et pour leurs proches, ils font preuve d’un esprit de solidarité et manifestent une soif de justice sociale. Ces salariés « saint d’esprit » sont ainsi prédisposés à transformer des valeurs d’ordre moral en prise de conscience de leur condition de classe. Mais pour cela, pour permettre la sublimation d’un vague sentiment en conviction objectivée, les salariés ont le plus souvent besoin de l’expérience pratique de la lutte des classes. C’est en effet par la lutte collective, par son émulation et ses enseignements, que les prolétaires acquièrent une conscience de classe. Mais cette conscience de classe reste relativement primaire, c’est-à-dire syndicale. Dans ce cas, les travailleurs salariés prennent conscience qu’ils ont des intérêts communs et qu’ils peuvent les défendre collectivement contre le patronat ou le gouvernement. C’est seulement ensuite, à l’aide des idées marxistes, qui ont en effet un caractère « extérieur », qu’ils peuvent développer une conscience de classe secondaire, c’est-à-dire révolutionnaire. Les prolétaires dépassent ainsi la simple défense de leurs intérêts immédiats pour défendre leurs intérêts généraux, incarnés par l’objectif d’une révolution communiste. Ils développent la conscience historique d’appartenir à la classe qui peut et doit renverser la bourgeoisie afin d’accomplir le communisme pour toute l’humanité.

3) Les obstacles à la conscience de classe du prolétariat

Il faut premièrement rappeler que les prolétaires ne sont pas tous les fils et filles de prolétaires. Les prolétaires descendent, nous l’avons vu, nécessairement des classes petites-bourgeoises et une partie d’entre eux en est directement issue. D’où le point de vue ambivalent de certains salariés tiraillés entre leurs origines de classe et leur condition de classe actuelle. Par ailleurs, dans les toutes petites entreprises les salariés adoptent souvent le point de vue de leur « collègue » de patron, qui est perçu comme un exemple. Ils espèrent ainsi parvenir un jour à devenir « leur propre patron ». Dans les faits, très peu y parviennent, mais beaucoup acceptent ainsi d’être exploités comme des  forçats. Tous ces salariés, contaminés par l’esprit petit-bourgeois, ont donc de grosses difficultés à adopter un point de vue cohérent, conforme à leur situation et à leurs intérêts.

Ensuite, il faut mentionner le phénomène d’aliénation au travail. L’aliénation est une forme d’abrutissement et d’asservissement mental liée à la condition d’exploité. Avec son lot de tâches répétitives, quelques rares semaines de congés annuels et 7 ou 8 heures de travail quotidien, la condition salariale ne permet que difficilement de prendre le recul nécessaire à l’éveil de sa conscience de classe. Le prolétaire doit donc résister à l’aliénation propre à sa fonction professionnelle pour garder ses aptitudes à la réflexion critique.

« Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose, du même coup, des moyens de la production intellectuelle… » Marx et Engels, L’idéologie allemande, 1845.

Cette vérité fondamentale d’une idéologie dominante nécessairement associée à la classe dominante pose un obstacle de taille au développement de la conscience de classe du prolétariat. Celui-ci est en effet matraqué constamment par les idées de la bourgeoisie. Cette dernière peut compter sur tout un arsenal institutionnel et idéologique pour propager sa boue anti-prolétarienne et antirévolutionnaire. Les principaux médias, la plupart des intellectuels et l’ensemble des politiciens, ne sont rien d’autre que des propagandistes au service du système. Et l’idéologie bourgeoise est très loin de se limiter aux balivernes ouvertement libérales, elle s’appuie de façon très pernicieuse sur des valeurs pseudo-universelles, par exemple « démocratiques », « citoyennes », « libertaires » ou « de gauche ». Et ces valeurs relayées et inculquées dès le plus jeune âge par le système scolaire sont incessamment perverties et galvaudées pour mieux servir les puissants. La bourgeoisie travaille ainsi au conditionnement généralisé des esprits qui, in fine, ne vise qu’à pacifier, désarmer et asservir le prolétariat.

« Tout culte de la spontanéité du mouvement ouvrier, toute diminution du rôle de "l'élément conscient" […] signifie par-là même - qu'on le veuille ou non, cela n'y fait absolument rien - un renforcement de l'idéologie bourgeoise sur les ouvriers. » Lénine, Que faire, 1902.

Cette idée magistrale se vérifie en permanence sur le terrain social. Le conformisme niais et suffisant de ceux qui composent les mouvances « spontanées », « apolitiques » ou « alternatives » en est une triste illustration. Le vide politique est toujours comblé, en dernière instance, par les idées et les préjugés de la classe dominante. Et c’est en effet « l’élément conscient », c’est-à-dire la conscience de classe la plus aboutie possible, qui limite la pénétration de l’idéologie bourgeoise dans l’esprit des prolétaires. Le marxisme est ainsi, par essence, la seule véritable école de l’esprit critique. Il est l’arme idéologique d’émancipation des travailleurs salariés.

Ces dernières décennies, nous assistons, force est de le reconnaitre, à un net recul de la conscience de classe. L’échec des premières tentatives de révolutions socialistes au vingtième siècle, la corruption des dirigeants du mouvement ouvrier, les défaites subies dans les luttes collectives qui encouragent la recherche de solutions individuelles, les modifications dans l’organisation du travail des salariés pour diminuer leurs capacités d’organisation, ou encore la précarisation statutaire d’une part croissante de travailleurs, constituent autant d’éléments pour expliquer cette situation. Cependant, l’histoire a mainte fois démontré que la conscience de classe se développait par brusques bonds en avant du fait d’événements souvent inattendus. Le déclenchement de mouvements sociaux d’envergures, et a fortiori d’une guerre ou d’une révolution, est toujours le point de départ d’une nouvelle dynamique dans la lutte des classes. Ainsi, l’expérience de la lutte des classes montre qu’en seulement quelques semaines d’émulation collective « la classe en soi » peut déjà commencer à devenir une « classe pour soi ».

Conclusion

En somme, le développement de la conscience de classe du prolétariat doit être compris comme un processus psychique de libération vis-à-vis d’un asservissement ou d’une domination idéologique. C’est une lutte d’émancipation mentale, qui implique d’abord une prise de conscience de sa condition sociale, de la nécessité de la défendre, mais qui requiert, ensuite, une élaboration politique quant aux moyens de la dépasser. Ainsi, spirituellement parlant, le prolétaire passe du rang d’esclave à celui d’homme libre !

« Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l'avantage d'une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. » K.Marx, Le manifeste du parti communiste, 1848.

Si le syndicat ouvrier entretien une forme de conscience de classe primaire, c’est le parti révolutionnaire, et lui seul, qui incarne et cristallise l’idéologie politique du prolétariat. Or, il n’y a que celle-ci, c’est-à-dire la conscience de classe marxiste, qui puisse faire contrepoids à la domination idéologique de la bourgeoisie. C’est aussi l’organisation marxiste qui prépare le prolétariat à s’affranchir des institutions corruptrices de la bourgeoisie ou encore qui dresse ses objectifs politiques généraux, en termes de moyens révolutionnaires et de fins communistes.

Sans marxisme, même en cas de réveil explosif du prolétariat, la bourgeoisie expérimentée aura toujours le dernier mot. Sans son avant-garde révolutionnaire, le prolétariat, aussi fort et révolté qu’il puisse être, restera tel un corps sans tête, incapable de démasquer, de cibler et de renverser son ennemi. Notre classe, pour parvenir au pouvoir, a besoin d’une direction politique incorruptible et clairvoyante ! C’est pour cela que nous considérons la construction d’un authentique parti révolutionnaire comme la plus impérieuse des nécessités.