Les dessous de la dette publique :

A quoi rime ce grand racket du capital ?

 

La question de la dette d’Etat est un très bon révélateur des différentes conceptions idéologiques et politiques sur la nature du capitalisme. Sans pour autant faire état de l’ensemble des nuances de points de vue, nous tâcherons d’expliquer en quoi les principaux courants d’idées médiatisés biaisent –volontairement ou non- la compréhension du monde économique et social.

Nous verrons dans cet exposé que les dettes d’Etat, et que la pression financière destructrice qui pèse sur les sociétés, ne relève ni d’une fatalité, ni d’erreurs politiques, mais bien d’un choix dicté par les nécessités de survie du mode de production capitaliste. En d’autres termes nous expliquerons que le capitalisme a besoin de généraliser l’endettement (des sociétés, des ménages et des entreprises) et de développer jusqu’à l’aberration ses mécanismes financiers pour repousser le plus longtemps possible ses propres limites.

1) La dette, état des lieux

L’Etat français supporte une dette de 2000 milliards d’euros, soit l’équivalent de son PIB. Il a déjà payé plus de 1500 milliards d’euros d’intérêt depuis les années soixante-dix, et il doit continuer à emprunter. Pour 2015, il prévoit ainsi d’emprunter 187 milliards aux marchés financiers, pour payer ses intérêts (50 milliards) et pour rembourser les quelque 116,5 milliards de dette qui arrive à échéance. L’Etat s’est donc enfermé dans une forme de spirale infernale, où les emprunts d’Etat servent à rembourser ce qui a déjà été emprunté, gonflant inexorablement le montant total de la dette.

2) la critique des keynésiens et des nationalistes

Face à cette situation d’endettement, les courants politiques de la gauche « radical » réformiste (PCF, Mélenchon, etc.) et maintenant ceux d’extrême droite (Front national), font mine de pester contre les choix politiques de l’Etat français (loi Giscard-Pompidou de 1973) et contre ceux de l’Europe (traité de Maastricht, puis de Lisbonne) qui imposent aux Etats d’emprunter sur les marchés financiers. En effet, pendant l’après-guerre, les Etats ont eu la possibilité d’emprunter sans intérêt à leur banque central. L’extrême droite emboite donc le pas à la gauche keynésienne (réformiste) pour prendre cette période comme référence, les uns au nom de la souveraineté nationale, les autres au nom du progrès social. Mais ce que tout ce petit monde pas très honnête oublie d’expliquer c’est que cette période, dit du « compromis keynésien » fait figure d’exception dans l’histoire du capitalisme, et ne peut pas être prise comme base de référence. Les décennies d’après-guerre ont été, en effet, le produit d’une conjoncture particulière, en raison de taux de croissance exceptionnellement élevé, d’un stade de développement du capitalisme qui nécessitait d’être encadré par « l’Etat providence », ainsi que d’un rapport de force entre les classes sociales (mouvement ouvrier fort à la crédibilité renforcée par l’existence d’Etats socialistes dans le monde) qui exigeait des compromis pour les capitalistes.

3) L’Etat et la dette dans l’histoire

En réalité l’Etat a toujours eu recourt aux emprunts et les banques centrales n’ont pas toujours eu un statut public. Le dix-neuvième siècle, appelé aussi « le siècle des rentiers » était caractérisé par l’union des détenteurs « oisifs » de capitaux et des industriels en expansion. A cette époque, l’Etat empruntait des capitaux à des rentiers qui préfiguraient l’avènement du système bancaire moderne (début du vingtième siècle) pour financer les infrastructures (routes, rails, etc.) nécessaires au développement de l’industrie capitaliste. L’Etat était, et il a toujours été, au service exclusif des capitalistes, seulement ses fonctions extra-régaliennes (c’est-à-dire au-delà de ses fonctions répressives) évoluent selon les différents stades de développement du capitalisme, ainsi qu’en fonction des conjonctures. Ainsi l’Etat, outil de la classe dominante, ne fait pas les choses par hasard, et son endettement actuel répond à une fonction nécessaire pour l’économie capitaliste.

4) Le point de vue des dominants

Les économismes et les politiciens bourgeois se caractérisent évidemment par leur acceptation résolue de la domination des capitalistes sur le monde. Pour eux, et ils en sont parfois sincèrement convaincus, le capitalisme est indépassable, et il s’agit dès lors de gérer ce « mal nécessaire » mais néanmoins « moteur du développement», ce cancer qu’on doit accompagner, faute de pouvoir le soigner, l’éliminer et le dépasser. La classe dominante, et les politiciens gouvernementaux qui la servent, pensent que la société n’a d’autre choix que de favoriser le développement optimal de sa maladie pour continuer à exister. Une forme de fuite en avant, aux conséquences sociales et environnementales graves, mais néanmoins inévitable, selon eux. Ils pensent, dans ce cadre, que l’endettement des Etats auprès des marchés financiers est une nécessité, non pas pour la société, bien que les politiciens cherchent mensongèrement à le justifier, mais pour la santé de l’économie capitaliste.

5) Le développement du capitalisme financier.

La baisse des taux de profit dans les années soixante-dix, a conduit à une extension financiarisée du terrain de jeu du capitalisme. A cette période, l’argent se débarrasse définitivement du vieux carcan de son étalon or, et la financiarisation de l’économie est désormais encouragée pour élargir les limites du marché.

Le développement des marchés financiers est ainsi devenu indispensables au fonctionnement du système économique. Ceux-ci dynamisent et dopent les investissements des entreprises (emprunts des capitalistes), offrent des débouchés spéculatifs aux capitaux et facilitent leur circulation, ils développent artificiellement de la demande solvable (emprunt des ménages),etc. Seulement, la masse de capitaux accumulés doit toujours, en dernière instance, trouver le moyen d’être valorisée dans la production, qui elle marque le pas du fait d’une demande solvable limitée, voir de plus en plus limitée. La financiarisation de l’économie ne fait donc que repousser les limites d’un système inexorablement embourbé dans ses contradictions. Ainsi l’économie d’endettement découle précisément d’une surproduction latente, problème au cœur de ce qu’on appelle la « crise » à condition toutefois de bien comprendre que celle-ci n’a rien de conjoncturelle, mais relève d’une contradiction fondamentale du fonctionnement de l’économie capitaliste.

6) Le rôle des Etats dans la survie du système.

Le mode de production capitaliste va mal, et il n’a d’autre choix pour s’assurer un avenir que de renforcer son parasitisme sur les sociétés humaines. Les Etats bourgeois ne sont que l’émanation du système et ils en sont naturellement partie prenante, quels que soit leurs dirigeants. C’est seulement à la lumière de ces considérations, que nous donnons sens à l’ensemble des politiques gouvernementales menées, en France et ailleurs. L’Etat doit s’acquitter de ses fonctions, et il doit tâcher de garantir un avenir au système qu’il sert. Voilà pourquoi il s’obstine, par exemple, à multiplier des privatisations destructrices pour toute la société, il a le devoir de « libérer » des marchés pour les capitalistes en mal de débouchés. Voilà aussi pourquoi il opère un immense transfert de richesses sociales dans l’intérêt exclusif des capitalistes. Ainsi, c’est dans ce cadre général de compréhension qu’il faut appréhender la question de la dette publique.

Conclusion : L’avenir, à nous de l’écrire.

Les dégradations que l’Etat impose à la société en général et au peuple travailleur en particulier ne sont pas près de s’arrêter. La dette de l’Etat va continuer à gonfler, à justifier toujours plus de sacrifices, mais elle ne sera au final, jamais remboursée. L’humanité n’aura d’autre choix que de faire voler en éclat ce gigantesque système parasitaire, pour permettre l’avènement d’un système économique moderne et rationnel, un système économique orienté vers la satisfaction des besoins humains et des nécessités environnementales. Ce système, fondé sur la propriété sociale ou publique des entreprises, qui donne à l’humanité la liberté de décider de ses investissements, de ce qu’elle doit produire et comment elle doit produire, c’est cela que nous appelons le communisme. C’est le seul cadre qui permettra pour tous un avenir meilleur. Mais avant cela, il faudra que nous autres les travailleurs salariés, devenions le levier vivant du dépassement révolutionnaire ! La situation l’impose ! 

ELIAS

Publié dans Combat n°38 Hiver 2015