Les SCOP, une solution en carton !

 

De Mélenchon au gouvernement, en passant par les syndicats, ils sont nombreux à vouloir nous vendre les SCOP comme une solution d’avenir. Une « solution » qui, pour tous ce petit monde, a le mérite de ne rien changer au fonctionnement du système, mieux, de participer à son équilibre et à son idéologie.

Car, s’il est vrai que la coopérative ouvrière peut, dans certaines situations, représenter une alternative à la liquidation pure et simple d’une activité, et « offrir » aux travailleurs le choix risqué et sacrificiel de l’entreprenariat collectif, n’oublions pas qu’elle reste une entreprise privée. Elle est donc assujettie aux lois du marché et au pouvoir des banquiers. Nous verrons dans cet article, que les SCOP ne représentent en rien une solution globale aux maux de la société, mais ne propose, en réalité, qu’une alternative circonstanciée et réactionnaire à certains travailleurs.

Qu’est-ce que les SCOP ?

Les sociétés coopératives sont des entreprises privées dans lesquelles le capital est détenu à au moins 51% par des associés salariés. La coopérative n’a donc rien à voir avec une entreprise publique, qui appartient à toute la société, elle est soumise à l’impératif de rentabilité, même si son capital appartient (majoritairement) aux salariés ou à une partie des salariés, qui deviennent des co-entrepreneurs. La SCOP peut donc tout à fait avoir un fonctionnement oligarchique comparable à toutes entreprises capitalistes, avec le groupe des salariés-entrepreneurs d’un côté, et le groupe des simples salariés de l’autre. On compte actuellement en France 2 200 SCOP, qui impliquent 44 000 salariés. Elles concernent essentiellement des entreprises de tailles modestes (20 salariés en moyenne), même si une poignée de groupes plus conséquents, comme Chèque déjeuner, le fabricant de jouets Moulin Roty ou encore le journal Alternative Economique fonctionnent aussi en coopérative.

Les coopératives, quel sens et quelle portée historique ?

La coopérative n’est pas un mode de production à part, il est un mode de gestion inhérent à l’économie capitaliste. Certes, dans le cadre d’un pouvoir socialiste, c’est-à-dire dans un Etat ouvrier, la coopérative peut avoir une fonction de transition, entre le capitalisme et le socialisme. Ce fut le cas en Union Soviétique, où les kolkhozes (coopératives) ont permis aux paysans indépendants d’apprendre à travailler ensemble, en attendant la généralisation des Sovkhozes (propriété socialisée), et ce fut le cas pour des petites entreprises industrielles, dans d’autres pays socialistes, comme en Yougoslavie. Mais la coopérative ouvrière, n’implique aucun modèle économique indépendant, elle reste une forme mutante de propriété capitaliste, qui ne peut-être transitionnelle que dans un Etat socialiste obligé de composer avec des formes économiques archaïques encore trop immatures pour la socialisation (petits paysans indépendants, petites manufactures semi-artisanales, etc.). Sous l’Etat capitaliste, la coopérative n’a rien d’une étape vers le socialisme, elle constitue une adaptation marginale du capitalisme aux circonstances de son propre développement, ou plus exactement un mode de subsistance temporaire pour des entreprises (ou pour des catégories sociales, en ce qui concerne les coopératives agricoles) dépassées par l’évolution économique. En cela les coopératives ne représentent en rien l’avenir, mais elles sont l’expression désespérée du passé économique. En d’autre terme, la perspective coopérative n’a rien de révolutionnaire, elle est même réactionnaire.

Les SCOP, subversion, compromis ou illusion libérale ?

Les coopératives ouvrières se sont normalisées juridiquement pendant la deuxième moitié du vingtième siècle, jusqu’à être encouragé par la nouvelle loi Economie sociale et solidaire. Autrefois, au 19ème siècle, elles pouvaient revêtir un caractère beaucoup plus subversif en démontrant aux travailleurs qu’ils pouvaient très bien faire fonctionner l’entreprise sans patron, sans propriétaire individuel érigé en maître paternaliste des ouvriers. Aujourd’hui, à l’heure des grandes entreprises multinationales et de l’actionnariat généralisé, les travailleurs salariés occupent tous les niveaux de responsabilité et de compétence, et n’ont généralement plus besoin de cette démonstration.

Les SCOP n’ont donc plus vocation à dessiner une voie émancipatrice pour les travailleurs, mais tendent même à dresser une impasse aliénatrice et illusoire pour des salariés transformés en groupes de petits-bourgeois gérant collectivement leur « bizness ».

Est-ce, malgré tout, une solution acceptable pour « préserver des emplois »  ou « sauver un outil de production ». Non, même d’un point de vue strictement syndical, les SCOP ne représentent pas un progrès pour les salariés, pire, la plupart du temps elles sanctionnent une dégradation sans précèdent des conditions de travail : Après avoir risqué leurs économies (primes de licenciement, économie personnelles, etc.), après avoir souvent dû licencier une partie de leurs collègues, les salariés-entrepreneurs doivent encore sacrifier une partie de leurs acquis (treizième mois, RTT, salaires, etc.), le tout pour travailler comme des forçats, sans compter leurs heures, au détriment de leur vie personnelle. C’est très précisément le contraire de l’idéal du travail socialiste, où l’entreprise nationalisée garantie le droit à la vie et à l’épanouissement des travailleurs ! Très souvent, les projets SCOP, en viennent exactement au même résultat, que les plans d’austérité imposés par les capitalistes avec leur infect chantage à la délocalisation ! Sauf que ce n’est plus le patron qui mutile ses salariés, ce sont les salariés qui procèdent à leur propre mutilation ! C’est particulièrement malsain, et ce n’est pas un hasard si les politiciens et les syndicalistes corrompus encouragent les SCOP. Elles impliquent davantage, au même titre que la « démocratisation » de l’actionnariat, la participation des salariés à leur propre exploitation, en renforçant au passage l’idéologie libérale de la libre entreprise !

Conclusion : la solution, la perspective communiste !

Honte à tous les syndicalistes qui, par renoncement à leurs idéaux, choisissent de livrer les travailleurs aux tristes perspectives des SCOP ! Défendre les intérêts salariés, c’est lutter pour l’augmentation des salaires, se battre pour la baisse du temps de travail, c’est exiger des embauches ! Mais en cas de fermeture d’entreprise, de repreneur introuvable, le syndicat ouvrier doit exiger la nationalisation de l’entreprise sous contrôle des travailleurs ! Et en cas de défaite, et de licenciements, c’est le maximum de fric qu’il faut exiger !

Mais nous autres les marxistes, nous disons aussi que la défense des salariés ne peut pas se borner aux objectifs syndicaux, elle doit devenir politique ! Les intérêts généraux des travailleurs dépendent des perspectives révolutionnaires de transformation de la société ! Par la conquête insurrectionnelle du pouvoir, par l’expropriation des capitalistes, et par la réorganisation sur des bases socialisées de tout le fonctionnement économique, nous pouvons et devons en finir avec l’exploitation !

Publié dans Combat n°36 Octobre 2014