De la lutte des classes à la révolution…

Deuxième partie :

De la classe combattante à l’insurrection.

 

Dans la première partie de l’article, nous avons rappelé ce qu’est le prolétariat, que nous définissons comme la masse des salariés, quel que soit le secteur d’activité.

Nous avons dit que la classe sociale des prolétaires s’était développée pour devenir ultra-majoritaire dans tous les pays développés. Cependant, nous avons aussi expliqué que les travailleurs salariés, la classe « en soi », n’était pas pour autant d’emblée une classe « pour soi », c’est-à-dire une classe sociale consciente de ses intérêts et prête à assumer son rôle historique de renversement révolutionnaire du capitalisme. Cette perspective présuppose en effet une somme de conditions objectives (situation économique) et subjectives (condition d’organisation, niveau de conscience, etc...), que les contradictions du système capitaliste et l’action des militants marxistes tendent à réunir. Lorsque l’austérité se généralise, lorsque les conditions d’existence d’un nombre toujours croissant de salariés se détériorent, il arrive un moment où la lutte des classes s’intensifie et créé le terreau fertile nécessaire au développement du mouvement révolutionnaire, c’est-à-dire à l’avant-garde politique du prolétariat. De la même manière, lorsque les groupements politiques du prolétariat gagnent de l’influence sur la classe, ils contribuent à éveiller et  à organiser des fractions toujours plus grandes de travailleurs. C’est ainsi, dans cette dynamique dialectique de mobilisation, que nous pensons qu’une nouvelle période historique de luttes de classe et de révolutions est inéluctable. Nous verrons, dans cette partie fictive, que le prolétariat, une fois conscient et organisé, n’est déjà plus si loin de pouvoir parvenir à ses fins révolutionnaires.

1) Le vent se lève sur le système.

Voilà plusieurs années que la lutte de classe du prolétariat fait son retour. Plusieurs mouvements de lutte ont secoué le pays, obligeant les politiciens à la tête de l’Etat à la plus grande prudence en suspendant temporairement les projets de réformes commandés en sous-main par les grands capitalistes. Les organisations salariées, syndicales et politiques, dans l’entreprises et en dehors, se développent et acquièrent une relative pérennité. Dans la plupart des grandes et moyennes entreprises des groupements de salariés combatifs se créent pour défendre leurs intérêts, et en finir avec l’austérité. Certaines entreprises connaissent des vagues de syndicalisation, d’autres -celles où le syndicat s’est discrédité-  voient l’émergence de comités de lutte indépendants. Dans tous les cas, le rapport de force entre les classes s’est rééquilibré, et les noyaux de pouvoirs salariés s’opposent audacieusement aux directions d’entreprises et au pouvoir bourgeois en général.

Contrairement aux époques du capitalisme florissant, la bourgeoisie a un problème de taille : elle est devenue incapable de faire des concessions d’importance aux salariés. Lorsqu’elle pouvait auparavant (jusqu’à la deuxième moitié du 20ème siècle) contribuer au progrès général, en portant des progrès démocratiques mais aussi en assurant une relative élévation du niveau de vie des travailleurs, elle ne peut plus se permettre de satisfaire les revendications des classes populaires. 

La bourgeoisie s’inquiète du regain de combativité du prolétariat. Désormais dépendante de sa capacité à prélever une part toujours plus importante des richesses créé par le travail et la société, elle sait que sa domination et sa survie repose sur un fonctionnement parasitaire qui atteint peu à peu ses limites. Tous le sens des actions gouvernementales depuis des décennies en fait l’implacable démonstration, les taux de profits du capitalisme se maintiennent grâce au racket en règle des classes populaires. Seulement le peuple ouvrier ne veut plus payer. Inverser momentanément la tendance en répondant favorablement aux revendications des salariés ? Cela signifierait inévitablement une récession sans précèdent.

Le réveil des salariés fait tanguer l’édifice du capital, les marchés financiers s’affolent et augmentent les taux d’intérêts, ceux de la dette de l’Etat mais aussi ceux de plusieurs grands groupes au bord de la faillite. La bourgeoisie ne peut donc plus gérer l’assaut revendicatif du prolétariat avec une tactique de compromis, elle est dans l’obligation de faire front, d’user de la ruse et de la corruption des anciens appareils ouvriers à sa solde, et à défaut de pouvoir calmer l’assaut salarié sur le plan idéologique, elle doit se préparer à une lutte classe contre classe. Autrement dit, le prolétariat non plus ne peut pas s’attendre à obtenir des concessions, ce qui le  place devant un dilemme : soit il se dégonfle lamentablement, soit il « politise » ses ambitions revendicatives jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la conquête révolutionnaire du pouvoir. Mais lorsque le prolétariat a commencé à développer ses centres de pouvoir et ses organisations de combat, lorsqu’il bénéficie d’une émulation collective, il ne s’arrête pas en si bon chemin. Une nouvelle vague de grèves et de mobilisations est déclenchée.

2) Le prolétariat face à lui-même.

Dans cette phase, les nouveaux pouvoirs prolétariens composés des comités, de certains groupements syndicaux et de plusieurs partis politiques révolutionnaires, sont solidement fédérés dans des Assemblés Générales. Celles-ci se sont érigées en véritables centres d’un nouveau pouvoir salarié, et les militants révolutionnaires ainsi que bon nombre de lutteurs déterminés ont su prendre leurs responsabilités et gagner en influence. Ainsi, les faux amis du mouvement, les politiciens bourgeois « de gauche » et autres syndicalistes véreux, ont, le plus souvent, été démasqués et évincés du pouvoir des Assemblées. Dans cette nouvelle réalité, la bourgeoisie perd la plupart de ses appuis et assiste apeurée à la radicalisation du pouvoir salarié, visiblement décidé à mener la lutte jusqu’au bout. 

Une partie du prolétariat est fermement décidé à livrer le combat. Celle-ci a pris conscience de ses forces, s’est organisée et entrevoit peu à peu, à la lumières des organisations politiques révolutionnaires, l’importance et la signification historique des tâches qu'il lui reste à accomplir. Cependant, une autre partie des travailleurs salariés demeure paralysée par la peur, elle est animée par une somme de sentiments conservateurs, qui la pousse à détester leurs collègues « grévistes », et ce qu’elle perçoit comme une dictature des comités, des partis ouvriers et des syndicats qui l’empêche d’aller travailler normalement. La bourgeoisie -et son Etat- cherche encore à éviter l’affrontement direct et violent. Elle sait que les policiers, puis les militaires, ne sont pas tous favorables à une répression de masse. Elle use donc de différents subterfuges pour diviser le prolétariat, opposer ceux qui « souhaitent aller travailler » aux grévistes, ou encore les bons dirigeants ouvriers qui souhaitent discuter aux mauvais dirigeants révolutionnaires, qu’elle appelle « les extrémistes ». En un mot, la bourgeoisie alimente sur le plan idéologique la réaction. Ainsi, alors que les forces de l’ordre ont encore pour consigne de tempérer leur ardeur répressive, de nombreux accrochages verbaux et physiques opposent les deux parties du prolétariat. Cependant, le prolétariat en lutte, les « rouges », mieux organisés, bénéficiant de davantage de soutien dans la population, et surtout plus déterminés, prennent sans trop de difficultés le dessus sur les « jaunes », sur ces « traîtres à leur classe ».

3) A la conquête du ciel

La bourgeoisie a utilisé toutes ses cartes « pacifiques » de gestion du conflit. Elle doit pourtant réagir face à la menace ouvrière, qui paralyse largement le pays depuis plusieurs semaines. Tandis que l’Etat menace le mouvement de lutte d’employer la répression, plusieurs grands capitalistes s’adonnent à structurer, à financer et à armer la réaction. Une partie des « jaunes » est rapidement enrôlée dans des organisations politiques d’extrême-droite.

Les militants révolutionnaires du mouvement sont encore insuffisamment préparés pour déclencher l’insurrection, cependant ils savent par expérience politique, que le risque d’une répression policière et fasciste est réel. Ils usent donc de leur influence pour convaincre les principaux centres du pouvoir ouvrier de la nécessité de s’armer. De nombreux travailleurs montrent des réticences, mais les militants révolutionnaires organisent des comités d’auto-défense armés du mouvement.

La répression policière éclate, parvenant à déloger par la force les grévistes de plusieurs sites industriels. Le mouvement a cependant pris trop d’ampleur, de nombreux sites sont toujours occupés, et les travailleurs en lutte parviennent souvent à réoccuper les lieux desquels ils ont été expulsés. Les affrontements se multiplient, et les grévistes s’endurcissent avec l’expérience des gaz lacrymogènes, des coups de matraques et surtout des nombreux camarades blessés par la police. Au deuxième jour après le début de la répression, une série de manifestations est organisée par le jeune pouvoir salarié dans les principales villes du pays. Celles-ci  tournent toutes rapidement à l’affrontement avec les forces de l’ordre, et les premiers grévistes sont tués sous les coups et les armes des policiers, qui comptent plusieurs dizaines de blessés. La guerre de classe a éclaté ! En quelques heures, les travailleurs en lutte investissent les centres du pouvoir de l’Etat bourgeois, mal protégés par une police dépassée. Les comites révolutionnaires armées organisent des actions ciblées pour neutraliser les forces de répression fidèles à la réaction. L’Etat sollicite l’armée en urgence, mais les soldats sont très partagés, et la plupart ne sont absolument pas prêt à user de la force armée contre les grévistes. Mieux certains ont entrepris de se solidariser avec la lutte. Ni l’armée, ni la police, ni les quelques milliers de nervis fascistes, ne font le poids face aux quelques 3 millions de salariés engagés dans le processus insurrectionnel.

En moins de 72 h, la révolution triomphe de l’appareil d’Etat bourgeois. De nombreux politiciens et hauts-fonctionnaires d’Etat, prennent la fuite à l’étranger, rejoignant ainsi leurs maîtres capitalistes, déjà occupés à préparer la réaction armée contre le nouvel Etat révolutionnaire. Seulement il est déjà trop tard, le nouveau pouvoir entraine des centaines de millions de prolétaires à travers le monde vers l’insurrection communiste. La révolution internationale a débuté et plus rien ne pourra l’arrêter…

Conclusion :

Cette petite fiction politique a pour but de rappeler que la roue de l’histoire finira par tourner, et que les élites capitalistes ont les reins beaucoup moins solides qu’il n’y parait. Le prolétariat est déjà potentiellement bien supérieur à la classe capitaliste, qui survie tel un tique sur un ours endormi. Mais à quand le réveil des travailleurs ? A quand la révolution ? A quand un monde communiste ? Nul ne le sait. Ce que nous savons en revanche c’est que nous parlons d’une perspective sensée et d’une nécessité de la plus haute importance pour le devenir de la planète et de l’humanité. Ce que nous savons aussi c’est que sans l’engagement révolutionnaire sincère et déterminé des hommes et des femmes de notre classe, celle-ci ne vaut plus rien. A nous de jouer, soyons tout !

ELIAS

Publié dans Combat n°35 ETE 2014

De la lutte des classes à la révolution... 1er partie : De la classe "en soi" à la classe "pour soi"