Le prolétariat peut donc être confondu avec le salariat, à condition toutefois de déduire une petite frange de salariés qui, par l’importance de leurs revenus et de leur capital, peuvent aisément choisir de ne plus travailler (en vivant d’une rente, en devenant patron…). Aujourd’hui, la classe du prolétariat, cette grande communauté d’intérêt, à dépasser les catégories « petite-bourgeoises » de petits producteurs « indépendants » (paysans, artisans et commerçants) et constitue l’immense majorité des travailleurs dans tous les pays économiquement avancés (en France, par exemple, 90 % des actifs occupés sont des salariés).

Pourtant cette réalité d’une classe prolétarienne montante et désormais ultra-majoritaire est contesté par deux objections partisanes : La première porte sur la définition même du prolétariat. Ainsi, selon certains penseurs bourgeois, le prolétariat définirait uniquement la classe ouvrière industrielle (c’est-à-dire du secteur secondaire). Avec ce tour de passe-passe, Les ouvriers du primaire (ouvriers agricoles, mineurs), et surtout ceux, de plus en plus nombreux, du tertiaire (employés divers, manutentionnaires, éboueurs, caissières…), se verraient écartés du prolétariat. Evidement derrière cette objection bourgeoise, se cache la volonté d’affaiblir la conscience de classe, en allant parfois jusqu'à parler de « fin du prolétariat », et en feignant de ne pas en comprendre les transformations. Car pour les marxistes, le prolétariat est intersectoriel, et Marx avait déjà été très clair sur cette question à propos des conducteurs dans le domaine du transport. La deuxième objection courante vise à nier le prolétariat moderne pour des questions de modes de vie, de culture, voire d’embourgeoisement. Premièrement, il faut distinguer, comme Marx disait, « la classe en soi » et « la classe pour soi ».

Autrement dit, ce n’est pas parce que le prolétariat, dans une période donnée, n’a pas ou peu conscience de ses intérêts de classe et ne parvient pas ou peu à opposer sa culture à la culture dominante (c’est-à-dire celle de la classe dominante, la bourgeoisie), que la classe « en soi » n’existe pas. Deuxièmement, il faut remettre la situation du prolétariat dans son récent contexte historique :

Les victoires révolutionnaires du prolétariat (à commencer par la Russie des soviets), permirent aux salariés d’après- guerre de bénéficier d’un certain nombre d’acquis sociaux et d’un rapport de force suffisant, dans un contexte de « guerre froide », pour obliger le capital à concéder une part de sa richesse au travail, sous couvert d ’« Etat providence » et de keynésianisme économique (stimulation de l’offre par la demande…). Jusqu’aux années quatre-vingt, les travailleurs salariés ont donc effectivement bénéficié d’une certaine amélioration de leur condition sociale. Etait-ce suffisant ? Loin de là, mais les choses semblaient pouvoir s’améliorer, jusqu'aux plans de libéralisation des Mitterrand, Thatcher et consorts, et surtout jusqu'au terrible échec que représenta pour l’avant-garde salariée du monde entier la chute de régimes socialistes gangrenés par leurs bureaucraties. Depuis une vingtaine d’années, la situation du prolétariat est donc caractérisée à la fois par l’héritage d’une période de progrès à laquelle on s’accroche, et à la fois par une période de réaction, de démoralisation et de dépolitisation.

Aujourd’hui le prolétariat perd ses acquis, et même ce que l’on appelle peu scientifiquement la « classe moyenne », tend à se « prolétariser ». Et ce n’est pas les besoins que la société capitaliste a créé (voiture, télé, portable…), ni la nécessaire démocratisation de l’accès aux études et aux qualifications, qui feront que les prolétaires de demain seront moins prolétaires, ou moins révolutionnaires…Bien au contraire ! Nous aurons à la fois un niveau d’exigence élevé et toutes les compétences nécessaires pour nous passer de capitalistes toujours plus parasitaires. Car si le jeune et minoritaire prolétariat de 1917 (10% de la population Russe) et des révolutions du 20ème siècle a perdu des batailles, nous savons aussi qu’en renouant avec ses traditions révolutionnaires et ses objectifs communistes le prolétariat d’aujourd’hui, numériquement tout puissant, et qualifié comme jamais, possède désormais toute les cartes en main pour prendre les rênes de la société.

Note tâche, à nous autres militants communistes, est de faire renaître l’espoir révolutionnaire et la perspective socialiste au cœur même de notre classe, le prolétariat !

Publié dans Combat n°3 Octobre 2008