C’est-à-dire à renverser et à détruire l’appareil d’Etat bourgeois pour édifier son propre Etat socialiste, fondé sur les conseils salariés et déterminé à hâter l’internationalisation de la révolution. Nous allons, dans cet article, poursuivre notre fiction pédagogique pour expliquer le développement de la révolution socialiste jusqu'à l’accomplissement de la société communiste, sans classes et sans Etats.

La révolution communiste a triomphé dans plusieurs pays. Le salariat au pouvoir, a suscité une onde de choc historique et a impulsé un élan de mobilisation sans précédent au sein du mouvement ouvrier mondial. Dans toutes les régions toujours sous domination impérialiste, de nombreux travailleurs, salariés mais aussi de petits producteurs indépendants, ont rompu avec le fatalisme et renoué avec l’espoir politique. Cependant les Etats capitalistes et la bourgeoisie mondiale, déterminés  à résister, dominent toujours une nette majorité des hommes et des femmes de la planète.

L’avant-garde communiste mondiale et les premiers pouvoirs d’Etat des conseils socialistes, ont conscience d’avoir pour tâche de parvenir à deux états de fait interdépendants :

- Premièrement, il faut parvenir abattre mondialement l’impérialisme. Il n’y a pas de coexistence pacifique possible entre impérialisme et socialisme, c’est à court ou moyen terme la révolution sociale ou la contre-révolution bourgeoise qui l’emportera. Il faut donc tout faire pour que les camarades du monde entier remportent la victoire, et renversent la bourgeoisie nationale et internationale qui les oppresse tout comme celle-ci cherche à étrangler économiquement les sociétés déjà libérées de sa domination politique. Chaque révolution gagnée, sonnera comme un nouvel associé dans le nouvel ordre de l’édification communiste.

- Deuxièmement, il est impératif de surmonter les difficultés internes et propres aux premières sociétés socialistes. La réorganisation sur des bases socialistes des premières sociétés aux mains du prolétariat doit s’effectuer dans des conditions suffisamment saines pour assurer le développement à la fois équilibré et efficace de la « première phase » de la société communiste. Les progrès du socialisme conditionneront ainsi l’opinion et  l’attrait du peuple mondial pour la révolution communiste.

Face à ce double défi de la révolution socialiste, les peuples victorieux ont donc besoin de constituer des Etats, organisés de façon à « qu’ils ne puissent pas ne pas dépérir », lorsque leurs taches seront accomplies, c’est-à-dire fondés sur « la mutation dialectique des fonctions des organisations ouvrières » (par exemple le conseil passant d’organisation de lutte à l’organisation institutionnalisée de contrôle et de décision du pouvoir populaire socialiste), le tout dans le cadre tendanciel des grands principes que Marx avait déjà indiqués: 

1) Eligibilité et révocabilité 

2) Fonctions avec salaire non supérieur à l’ouvrier.

3) Répartition des fonctions de contrôle, de surveillance et de « bureaucratie » entre tous.

Mais ces Etats socialistes destinés à terme à dépérir en tant qu’Etats, n’en sont pas moins dans une situation de guerre internationale face à l’impérialisme. Et dans l’attente des joies du communisme, le peuple révolutionnaire est obligé de se préoccuper de questions militaires ; de sa défense armée, et de ses capacités d’aide, militaire et logistique, à la révolution internationale. C’est ainsi que les conseils salariés des Etats socialistes ont participé à l’élaboration et à la création de différentes institutions chargées de faire triompher la révolution internationale ; Ces institutions révolutionnaires et militaires, ayant pour but de former de nombreux espions, experts militaires, organisateurs, et autres révolutionnaires professionnels internationalistes, représentent une aide déterminante au mouvement communiste mondial qui en quelques années semble devenu capable de tenir tête aux forces de répression impérialistes.

Mais si les conditions subjectives et organisationnelles nécessaires pour pouvoir espérer faire triompher  la révolution sur l’impérialisme sont en voie d’être réunies, les problèmes intérieurs aux sociétés socialistes quant à la bonne manière d’édifier le socialisme peinent à être résolus ; L’économie socialiste, c’est-à-dire fondée sur L’appropriation sociale des moyens de production et d’échange, sur la planification, sur la nationalisation des capitaux, et sur la détermination des choix d’investissement en fonction des besoins, tout cela suscite des débats contradictoires. La démocratie des conseils, c’est-à-dire le peuple et la société, ont enfin pris les rênes de l’économie, cependant sans avoir acquis d’emblée toutes les compétences, toute l’expérience et la vision lucide des objectifs et des obstacles, pour pouvoir effectuer facilement une réorganisation d’ampleur et une planification harmonieuse. De nombreux problèmes restent ainsi posés ; Quelle autonomie doivent avoir les unités de production vis-à-vis du plan ? Quelle place laisse-t-on aux normes marchandes ? Comment harmoniser la production en fonction des besoins, et comment déterminer ces derniers avec précision ? Dans quelle mesure faut-il développer les forces productives ? Comment associer les producteurs et distributeurs indépendants à l’économie socialisée ? …etc. Le socialisme a certes déjà permis de grands progrès ; le chômage est liquidé, les écarts de salaire sont réduits de manière draconienne, le logement, l’éducation et la santé sont déjà devenues accessibles et gratuits. Mais les grands défis de la transition socialiste restent à surmonter. Face aux problèmes posés par une réorganisation socialiste qui souffre encore de maladresse, l’avant-garde marxiste organise, avec l’accord et sous le contrôle des conseils, des commissions d’experts chargés de résoudre les difficultés économiques et d’indiquer aux institutions centrales les différentes options à soumettre en des termes compréhensibles à la population.

Le plan adopté par les conseils et destiné à conditionner le bon développement de la société socialiste, est ainsi rapidement composé de principes phares tels que 

- la mise en place de structures d’éducation et de formation destinées à réduire les écarts de qualification dans la population, pour dépasser la vieille division du travail hérité de la société capitaliste.

- La multiplication des centres d’études statistiques informatisés et liés aux différentes unités de production et de distribution. Le tout pour assurer une planification de la production harmonieuse et ajustée de manière permanente aux besoins de la population.

  - Un plan de développement et de réorganisation économique destinée à assurer l’abondance de tous les biens et services jugés nécessaires par et pour la population. Ce plan étant prévu pour préparer la société à socialiser les coûts de satisfaction de nombreux besoins à plus ou moins  brève échéance, c’est-à-dire à faire passer dans le domaine de la gratuité un certain nombre de produits, de biens  et de services.

  - La mise en place de coopératives facilitant la vie aux petits producteurs et distributeurs indépendants, pour les lier graduellement à l’économie socialisée, et les attacher aux progrès socialistes.

  - La création de centres de recherches et d’études sur les problèmes environnementaux destinés à guider les choix d’investissement et de réorganisation pour une société écologiquement de plus en plus viable.

Mais les premiers élans d’enthousiasmes pour l’édification socialiste sont interrompus. La guerre révolutionnaire éclate, et bien des années de sang et de larmes s’écoulent avant que l’humanité soit définitivement libérée de l’oppression capitaliste. La population mondiale organisée démocratiquement dans des sociétés socialistes, tirée en permanence vers le haut par les plus avancées d’entre elles, est enfin maîtresse de son économie et de son développement. L’étroite association entre les peuples permet en effet une large et rapide diffusion des progrès, et les inégalités à l’échelle mondiale tendent à se résorber. Les Etats, et leurs capacités militaires et coercitives, sont en voie de dépérissement, et laissent progressivement leur place aux simples institutions et administrations qui assurent l’organisation, les échanges et les relations au niveau mondial. Le développement économique, contrôlé rationnellement et consciemment, est par ailleurs, de moins en moins une source de dégradation environnementale.

L’humanité s’émancipe progressivement du cadre du travail pénible et sous contrainte, et les sociétés tendent à pouvoir satisfaire gratuitement l’ensemble des besoins de la population. Bien vite, Les hommes et les femmes contribuant à hauteur de quelques heures hebdomadaires à faire fonctionner la société obtiennent d’elle, en contrepartie, un salaire, non monétaire, mais exclusivement sociale ; c’est-à-dire qu’ils bénéficient gratuitement de tout ce dont ils ont besoin pour vivre dans un monde de liberté. L’ère du «à chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins» peut enfin commencer. Le communisme est enfin devenu une réalité.

Publié dans Combat n°6 Février 2009