Eh bien cela signifie que nous représentons notre classe, le prolétariat défini comme la masse du peuple salarié et chômeur (ceux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre et survivre) classe sociale devenue majoritaire au niveau mondial (et quasi hégémonique dans les pays capitalistes avancés : En France, plus de 90% des actifs vendent leur force de travail contre un salaire, et seuls 4 à 5% d’entre eux sont suffisamment privilégiés pour échapper sans mal à la condition salariale, pour devenir patron ou rentier par exemple) Mais, nous autres, militants marxistes, ne sommes pas les représentants exclusifs du prolétariat, ni les représentants quelconques du prolétariat ; nous ne nous limitons pas à défendre les intérêts immédiats du peuple salarié (augmentations de salaires, baisse du temps de travail… etc.) comme le font tous les bons syndicalistes ouvriers ; nous défendons les intérêts historiques du prolétariat, c’est-à-dire, nous défendons l’expression politique et programmatique de notre classe: la révolution communiste, l’expropriation de la bourgeoisie, la socialisation des moyens de production et d’échange… etc.

Cette petite introduction nous paraissait nécessaire pour répondre aux questions qui nous intéressent ici, à savoir: avec qui devons-nous constituer le front de classe pour « frapper ensemble » le pouvoir du capital ? Eh bien, la réponse est en théorie très simple: nous constituons le front de classe avec les lutteurs et tous les représentants politiques et syndicaux du prolétariat ! Pourtant, en réalité, de dangereuses confusions obscurcissent la frontière d’intérêts qui doit opposer et polariser les classes sociales en lutte (la bourgeoisie au pouvoir d’une part et le prolétariat d’autre) Une des tâches les plus importantes de la période est de distinguer nos frères de classe, c’est-à-dire «nos amis» et alliés de classe, de nos «faux-amis», c’est à dire, nos ennemis de classe, quoi qu’ils prétendent être. En d’autres termes, quels sont les représentants politiques du prolétariat, et quels sont les représentants politiques de la bourgeoisie ? Avec qui devons-nous forger l’unité dans la lutte?

1) Les syndicats ouvriers et les syndicats «jaunes»

Tous les lutteurs, qu’ils soient syndiqués ou non, sont, par principe, des frères de lutte. La lutte contre le pouvoir bourgeois concerne tout le peuple travailleur et opprimé. Cependant, il existe de nombreux malentendus sur l’importante question des syndicats. Beaucoup de camarades voudraient par exemple confondre l’organisation et les fonctions du syndicat avec celles des partis politiques. Mais ce sont deux choses distinctes : le syndicat ouvrier, par définition, peut-être plus ou moins révolutionnaire, plus ou moins communiste, ou plus ou moins réformiste, mais il reste un syndicat ouvrier tant qu’il défend l’intérêt immédiat du salariat (acquis sociaux, salaires, temps de travail…etc.) Autrement dit, le syndicat se définit par «son rapport avec la répartition du revenu national», et il reste donc une organisation ouvrière malgré l’hypocrisie, la mollesse ou la traîtrise de sa direction. Voilà pourquoi, les camarades de la CGT, de FO et même ceux de la CFDT, constituent avec nous le front de classe, malgré le fait que nombre de leurs dirigeants syndicaux sont clairement à la solde de la bourgeoisie (ces derniers, les Cherèque, Thibault et compagnie, défendent l’ordre bourgeois et tentent de noyer et de stériliser les luttes, mais ils sont en même temps obligés, pour garder le lien avec leur base, de défendre les revendications salariales). Il se peut, en revanche, qu’un syndicat soit «jaune», c’est-à-dire qu’il se bat contre la lutte, contre la grève, contre les systèmes de solidarité et les acquis obtenus… etc. Ces « syndicats », qu’on peut généralement affilier à la droite ou l’extrême droite, ou directement au patronat, sont en revanche à écarter et à écraser avec toute la violence nécessaire.

2) Les partis politiques ouvriers dans le front de classe 

Il y a, dans une lutte, des partis et tendances politiques constitués, qui doivent être objectivement définis en fonction de la classe sociale qu’ils défendent. Il y a ainsi dans notre camp, un certain nombre d’organisations politiques prolétariennes qui bien que plus ou moins critiquables et opportunistes, composent avec nous le front ouvrier. Ces organisations  répondent aux critères de définition suivants :

Est un parti ouvrier :

1- Celui qui défend les intérêts ouvriers (pas nécessairement  encore les intérêts historiques) contre la domination bourgeoise et le pouvoir d’Etat à son service (c’est-à-dire un parti qui identifie le mal fondamental dans la domination du capital et de son Etat et non dans «la mauvaise gestion», dans «l’ultra libéralisme», dans le «problème de l’immigration», ou je ne sais encore quelle autre conséquence de cette domination)

2- Et qui par conséquent, comme opposition de classe un tant soit peu sincère, ne vise pas à la gestion gouvernementale des affaires de la bourgeoisie au pouvoir (dans ce cas le parti en question, se met au service de la classe dominante bourgeoise et se définit dès lors comme un parti bourgeois de gouvernement)

Ainsi, dans les partis qui se présentent aux élections nous pouvons identifier Lutte Ouvrière (Arlette Laguiller) et la LCR devenu NPA (Olivier Besancenot) comme des candidatures ouvrières. Lutte Ouvrière et la LCR, étaient et restent, des partis d’opposition salariale aux politiques capitalistes, et n’ont jusqu’ici pas trahi (au sens plein) pour se ranger au  service gouvernemental de l’ennemi (même si nous avons de bonnes raisons de douter de la fiabilité et des intentions d’avenir du très opportuniste NPA) Mais dans le mouvement de lutte, il y a encore un grand nombre de forces politiques ouvrières. Nous n’allons pas les mentionner ici, mais disons simplement qu’elles appartiennent soit au mouvement communiste (la direction bourgeoise du PCF exceptée) soit au mouvement anarchiste (bien que certains anarchistes n’ont, par sectarisme ou stupidité, pas toujours compris l’idée de fraternité de classe ou de lutte).

3) Les politiciens bourgeois ; nos ennemies de classe

A la différence des menteurs bourgeois, nous ne situons pas la frontière d’intérêt et de classe, au niveau des étiquettes «gauche» ou «droite» d’un parti politique. Nous n’identifions pas non plus, les partis du front ouvrier «à la gauche de la direction du PS», comme le font les opportunistes ouvriers. Nous jugeons en fonction des faits et nous constatons que le PS est un parti libéral bourgeois, le jumeau «gauche» de l’UMP, dans la domination capitaliste, tout comme nous constatons que la direction du PCF, les Verts, et le parti de gauche de Mélenchon, ont entièrement vocation a gérer les affaires de la bourgeoisie, et ce dans un sens tout à fait libéral (plan Delors de restauration des politiques libérales dès 1983 sous Mitterrand, plans de privatisation du gouvernement Jospin, avec ses petits copains des Verts et du PCF... etc.) Ces partis politiques sont des partis ennemis malgré leurs hypocrites prétentions à vouloir représenter une alternative à «l’ultra libéralisme de la droite». Ces partis bourgeois, voudraient illusionner le peuple, en promettant de «relancer l’offre, par la demande», c’est-à-dire en augmentant les salaires pour encourager la consommation des ménages, laquelle à son tour stimulerait la production…

Mais ces partis ennemis mentent, eux qui ont eux-mêmes mis un terme a ce type de politique économique, (keynésienne) politique par ailleurs en voie d’être invalidée par la mondialisation des échanges (le keynésianisme impliquant comme préalable une économie essentiellement nationale, où les biens de consommation proviennent largement de la production nationale, et non des quatre coins du monde…) Lorsque nous sommes gouvernés par la droite, ces représentants politiques de la bourgeoisie, n’hésitent pourtant pas à s’incruster à l’aide de leur étiquette «gauche», dans certains mouvements de lutte et certaines manifestations, le tout à des fins électorales ! Eh bien, que ces militants de la bourgeoisie sachent qu’ils ne sont pas les bienvenus au sein du front ouvrier ! Car si nous pouvons faire preuve de souplesse a l’égard de quelques militants nostalgiques égarés à la base du PCF, pour les autres c’est la confiscation de matériel et des baffes dans la figure ! C’est un devoir marxiste et impérieux de rappeler  la frontière de classe qui sépare irréductiblement les partis de la gauche bourgeoise de ceux du prolétariat!

Mais il semble que actuellement, certaines figures du nationalisme, nous pensons particulièrement à Kemi Seba (l’ex tribu K) et à Alain Soral (ex du Front National) tentent de dresser artificiellement une passerelle entre les idées fascistes et celles disons de l’opposition au système impérialiste. Eh bien, si cette mouvance jouit encore d’une faible influence, que ces dangereux manipulateurs populistes sachent que le front ouvrier et les communistes n’ont rien d’autre à leur proposer que des coups de barre de fer, et des salves de balles si il le faut ! Le fascisme c’est l’ennemi historique et mortel du communisme, il n’y aura donc pas de quartier pour ceux qui visent à le remettre au goût du jour, en semant les pires confusions !

Conclusion

Nous avons ainsi clarifiée la position du marxisme-révolutionnaire à propos des forces constituantes du front ouvrier dans le mouvement de lutte. Il ressort ainsi que, malgré les divergences politiques entre organisations ouvrières, (qui doivent susciter le débat idéologique entre elles) nous devons travailler fraternellement avec toutes les forces de notre classe contre le pouvoir en place. En revanche, une des priorités des communistes doit être, n’en déplaise aux opportunistes, d’écarter les différents ennemis de classe, afin de dresser une ligne rouge, une frontière où les intérêts deviennent inconciliables, entre les lutteurs du peuple et de la rue d’une part, et ceux qui ont fait le choix de s’engager au service de la classe ennemie, de l’autre.

Fraternité entre nous, la rue au peuple ouvrier !

Bourgeois, vendu, traître, prends garde à la rue !

ELIAS

Publié dans Combat n°7 Mars 2009