Mais pourtant, contrairement à cette idée répandue, la grève générale, d’une part ne suffit pas forcement à gagner un rapport de force et, d’autre part, elle ne pose pas en soi la question du pouvoir.

En effet, la grève -et à plus forte raison si elle est générale- a pour objectif d’arrêter la production, et elle impose donc d’emblée le message et la réalité suivante aux bourgeois et à l’Etat : «  Sans nous autres, les travailleurs salariés, plus rien ne fonctionne, écoutez nous car vous ne pouvez pas vous passer de nous !»  Mais ce qui ne faut pas oublier, c’est que du côté de l’Etat et de la bourgeoisie, la réponse implicite est immédiatement la suivante : « c’est vrai, mais combien de temps allez-vous pouvoir tenir sans salaire ?! » 

Et contrairement à ce qu’on peut entendre dire, à ce petit jeu là, ce sont les capitalistes qui ont le plus souvent l’avantage objectif. Car les caisses de solidarité des grévistes, ne permettent que difficilement la poursuite d’un mouvement de grève sur la durée, alors que les capitalistes -eux- ont des caisses noires en prévision d’une telle situation et surtout, contrairement au 19ème siècle, ils ont appris à se soutenir mutuellement contre le mouvement salarié !

Mais si le pur rapport de forces économique n’est -en général- plus en faveur du salariat, pourquoi la grève et -de surcroît la grève générale- a les meilleures raisons du monde de payer et de faire plier les capitalistes et leurs Etats ?  Eh bien, c’est bien parce que la grève générale n’est pas une fin en soi, mais un moyen de créer une situation « à risque » pour les capitalistes et l’Etat, que ces derniers la craignent ! Car si les salariés disent par la grève, comme nous l’avons dit : « sans nous autres… rien ne fonctionne… vous ne pouvez pas vous passer de nous ! » ils pourraient bien, en s’organisant et en débattant dans leurs AG, finir par ajouter : « En revanche, nous, on peut et on doit se passer de vous ! »

Et c’est cela que le pouvoir capitaliste craint le plus dans la grève générale, c’est le terreau favorable à la politisation, à la radicalisation et à l’organisation de la classe salariée en pouvoir concurrent qui les fait trembler par-dessus tout! Car la bourgeoisie sait qu’effectivement, le prolétariat moderne, ultra-majoritaire et possédant toutes les compétences nécessaires a, objectivement, toutes les cartes en main pour prendre les rênes de la société.

Publié dans Combat n°16 Novembre 2010