La soumission totale des dirigeants aux puissances du capitalisme et par là, leur incapacité à répondre aux attentes élémentaires des populations, sont des faits de plus en plus difficiles à masquer et à contester. Dans cette configuration où les Etats, « démocratiques » ou non, ne parviennent plus à entretenir l’illusion d’une amélioration possible, les classes populaires comprennent qu’elles ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Les injustices d’un ordre capitaliste moribond s’aggravent inexorablement et révèlent, peu à peu aux yeux du peuple, la seule voie possible face à l’intolérable, celle du soulèvement populaire. Ainsi le début de ce 21ème siècle a déjà été témoin de nombreuses vagues de contestation, d’émeutes, de luttes et de révoltes ; mais aucune d’entre elles n’est parvenue à trouver de traduction politique pérenne et conséquente.

2) L’impuissance actuelle d’une humanité politiquement désarmée.

Mais l’acte de révolte ne se suffit pas à lui-même. Aucun peuple n’a jamais pu conquérir durablement un pouvoir sans avoir, préalablement, créée sa direction et son projet politique. A défaut d’être guidé vers un idéal révolutionnaire mobilisateur, le soulèvement populaire est rapidement livré au désespoir et, par là même, se condamne à subir le même ordre des choses avec, en sus, le retour de bâton de la répression.

Car l’humanité peine à renouer avec son idéal politique, avec l’idée selon laquelle l’unique alternative au capitalisme est son dépassement révolutionnaire vers une société sans classes et sans Etat, où l’économie, devenue propriété sociale, pourrait enfin être orientée vers la satisfaction des besoins humains, le tout dans un souci de préservation environnementale. En effet, la défaite des révolutions socialistes du 20ème siècle, conséquence de leur bureaucratisation, a laissé de lourdes traces dans l’esprit de prolétariat.

D’autre part, les vieux appareils communistes, ont déserté cet idéal pour se ranger au service des Etats de la bourgeoisie. L’idéal communiste, que les puissances médiatiques et politiques prennent grand soin de discréditer ou de faire oublier, peine dans ces conditions à retrouver sa place d’unique alternative crédible au système actuel. Le vide politique qui gagne des larges couches des classes populaires, laisse ainsi l’espace libre aux obscurantismes religieux, aux idées contestataires nihilistes ou fantaisistes, bref, à tout ce qui, au bout du compte, ne changera pas la face du monde.

3) « La conscience retarde sur l’existence »

Le décalage qui existe entre les conditions objectives à la révolution (développement économique, classe salariée majoritaire, contestation populaire…) avec les conditions subjectives à son accomplissement (conscience de nos intérêts et de notre projet politique commun, organisations politiques…), résume précisément l’enjeu politique majeur de la période actuelle : le jour où le capitalisme -système par essence condamné à s’empêtrer dans ses profondes contradictions- plongera le monde dans une crise sans précédent, nous autres, marxistes révolutionnaires, serons-nous prêts à l’envoyer au tapis ?

Pour répondre affirmativement à cette question vitale, il faudra que nous soyons plus nombreux, mieux organisés, que nos idées aient su gagner le cœur d’un grand nombre d’hommes et de femmes, parmi les plus combatifs. A l’inverse, une telle situation de crise prérévolutionnaire sans l’intervention d’une direction politique marxiste aguerrie, engendrerait l’échec (sanglant) du mouvement populaire et finalement la recomposition (anarchique) du vieil ordre capitaliste. Ce n’est pas par hasard si Lénine écrivait, « que tout culte de la spontanéité, toute diminution de l’élément conscient, signifie, qu’on le veuille ou non, cela n’y fait absolument rien, un renforcement de l’idéologie bourgeoise sur les ouvriers ». Il y a donc urgence à construire un parti communiste.

4) La nécessité d’une direction révolutionnaire.

Dans notre journal du mois de novembre 2010 (n° 16), nous avons tenté d’expliquer exactement en quoi le parti révolutionnaire était indispensable pour préparer et faire triompher une insurrection populaire (« Pourquoi devons-nous construire un parti révolutionnaire »). Dans cet article, nous expliquions que : « En effet, parmi ceux qui partagent avec nous la conviction de qu’il faut renverser l’ordre actuel, il y en a qui rejettent la perspective de construction d’un parti révolutionnaire, pour placer leur confiance dans la spontanéité du peuple. Ces camarades, qu’on appelle en langage marxiste les « spontanéistes », pensent à raison qu’il est possible que le peuple se soulève et s’organise spontanément. Et effectivement, une crise, un état guerre, de misère ou de difficultés économiques croissantes, constituent autant de d’événements susceptibles de favoriser un soulèvement populaire. Et il est vrai également qu’une situation de mobilisation engendre la création d’organisations, d’assemblés générales ou équivalentes, pour permettre au peuple de discuter et de décider. Mais nos camarades spontanéistes, vont plus loin et croient dans la capacité spontanée du peuple (c’est-à-dire sans travail préparatoire) à dessiner des objectifs politiques -généraux et précis- et à renverser le pouvoir d’Etat de la bourgeoisie. Là, en revanche, nous autres marxistes, ne pouvons qu’invalider les vues spontanéistes, et les considérer comme de dangereuses illusions. » En un mot, un soulèvement populaire a besoin de sa direction politique, avec son projet politique, et avec ses capacités insurrectionnelles, pour conquérir et édifier son propre pouvoir révolutionnaire.

5) L’avenir, c’est le communisme !

La bourgeoisie et ses intellectuels ont tout tenté pour éloigner l’idéal communiste du coeur des peuples -et il faut bien le dire- les aberrations de certains régimes staliniens lui ont donné du grain à moudre. Ainsi, le communisme, qui n’a -rappelons-le- existé que dans sa première phase de transition socialiste et sous une forme bureaucratique très éloignée de sa forme initiale de démocratie soviétique, est réduit à ses pires travers historiques (purges, manque de libertés…). C’est exactement comme si nous réduisions le système capitaliste à sa forme politique fasciste. La bourgeoisie, en diabolisant le projet politique de la classe salariée montante -pire- en niant sa réalité (il suffit de voir l’évolution des programmes d’histoire pour s’en apercevoir), cherche à gagner du temps, à obtenir un sursis historique. Mais si le prolétariat international à effectivement été dépouillé -en général- de son idéal politique et a ainsi perdu la conscience de son rôle historique, il n’en a pas moins acquis une puissance en terme numérique et en matière de compétences, qu’aucune bourgeoisie ni aucun Etat ne peut -dans l’absolu- maîtriser. Actuellement, le puissant prolétariat contemporain, poussé par l’insatisfaction grandissante que le capitalisme ne peut que générer, cherche inexorablement un chemin émancipateur, que seul le communisme peut lui apporter.

L’horloge de l’histoire définira le reste !

Publié dans Combat n°18 Janvier/Février 2011