Si lors des interventions de l’Etat pour sauver les banques et les entreprises la note s’élève à 400 milliards d’euros de prêts ou de garanties, pour les travailleurs, c’est zéro. Au programme : assouplissement des CDD et travail le dimanche.

Derrière les projets de loi du gouvernement nous lisons clairement les intérêts du  patronat. Nous sommes conscients du plan de transformation de la société qu’ils nous infligent. Le repos hebdomadaire collectif est un acquis de haute lutte, aussi bien des ouvriers dans les usines ou les ateliers que les employés dans les grands magasins. Avec l’abaissement du temps de travail et la journée de 8h il est devenu un temps de loisir, de construction personnelle et sociale. Il permet aux travailleurs de sortir de l’esclavagisme de la production/consommation pour devenir des réels acteurs de la société. Que se soit par l’enrichissement intellectuel, la participation aux associations sportives ou l’implication dans la vie familiale, nous devenons les acteurs de plus en plus conscients de la société. C’est précisément ce qui est intolérable à la bourgeoise. C’est précisément ce qui est incompatible avec notre docilité. Les mots des maîtres sont isolement, individualisme, perte des repères collectifs et de la solidarité. En bref, briser la conscience de classe. Sommes-nous des bêtes destinées uniquement à produire et à consommer ? Sommes-nous abrutis au point de voir dans les centres commerciaux les futurs centres culturels et dans la télévision notre future éducation ? Sommes-nous des imbéciles pour que l’on parle de « liberté » de travailler le dimanche ? On nous a déjà fait le coup avec le travail de nuit pour les femmes. Avant les « libertés » individuelles il y a les « libertés » collectives. Nous étions libres de ne pas travailler le dimanche ! C’est fini !

Il n’existe pas de libertés pour le travailleur en droit du travail ! Tous les salariés sont subordonnés juridiquement. Qu’il s’agisse de son temps de travail, du travail de nuit ou le dimanche et même en cas de travail au noir, c’est le patron seul responsable devant la loi. C’est lui seul qui décide. Une fois inscrit sur le contrat de travail, finie la liberté. Tu acceptes ou tu n’es pas embauché. La liberté de « gagner plus » c’est la liberté des gogos ! Que deviendront les majorations exceptionnelles si le dimanche devient un jour comme un autre ? Que l’on regarde déjà le projet de loi UMP. Celui-ci comprend bien une majoration maximum pour le dimanche mais pas de majoration minimum ! La Cour de Cassation a récemment décidé qu’en cas d’ouverture habituelle, aucune majoration n’était due.

D’autant plus que, côté loi, la flexibilité existe déjà pour permettre au patronat de rentabiliser au maximum ses investissements. Aujourd’hui l’amplitude d’ouverture des magasins et celle des horaires de travail est comprise entre 72h et 84h. Beaucoup d’entreprises sont autorisées de plein droit à travailler le dimanche ; cela va de la pharmacie, des entreprises d’informations, de transports en passant par les boulangeries, hôtels, restaurants, tabacs, etc., jusqu’au magasin de fleurs naturelles ! La vente de denrées alimentaires au détail est autorisée le dimanche jusqu'à midi.

Que se soit dans l’industrie ou le commerce, d’autres entreprises peuvent, sous certaines conditions et après autorisation du préfet, ouvrir le dimanche. Ce sont ces dérogations préfectorales dont se foutent allègrement des enseignes de divers centres commerciaux dont « Thiais Village », dans le Val de Marne. Il faut dire que malgré leur position hors la loi ces enseignes ont reçu une visite de soutient de la part de deux membres du gouvernement : Luc Chatel (secrétaire d’Etat à la consommation) et Xavier Bertrand (ministre du travail). Qui mettra donc au pas ces patrons délinquants ? Certainement pas ces menteurs du gouvernement. Pour Sarkozy un jour d’ouverture supplémentaire c’est un jour de croissance supplémentaire. Mais tant que les salaires n’augmentent pas, nous n’aurons pas plus de fric à dépenser le dimanche. Ce qui va s’opérer c’est un simple transfert de l’argent dépensé en semaine à l’argent dépensé le week-end, il n’y aura pas plus de richesses, pas plus de croissance, pas plus d’emplois. Au contraire, question emploi on va assister à un transfert également. L’argent dépensé en semaine sert les petits commerces tandis que celui des week-ends sert les grandes surfaces. Or, on sait très bien que les emplois des petits commerces sont des emplois pérennes tandis que dans la grande distribution les contrats sont précaires. Renaud Dutreil (ministre du commerce) parlait de centaines de milliers d’emplois détruits dans les PME.

L’intérêt des grandes surfaces d’ouvrir le dimanche est de manger le chiffre d’affaires des petits commerces pour en arriver au monopole des groupes de distribution. Peu importe si pour leur empire le monde entier fout le camp. Le manque d’effectifs, les conditions de travail et les contrats précaires, voilà ce qui empêche de répondre aux attentes de la clientèle et de rendre service. Avec l’ouverture le dimanche ce ne sont pas seulement les commerces qui sont touchés mais nous tous; les agents d’entretien, de sécurité, employés de maintenance technique et informatique, les employés du transport et de logistique, sans parler des crèches etc…

C’est en supprimant le chômage que l’on réduira de manière impressionnante la durée de temps de travail. Seul moyen de permettre à chacun de vivre décemment : se reposer, remplir son chariot, s’occuper de sa famille et de soi. La productivité nécessaire à la réduction du temps de travail est largement atteinte aujourd’hui et doit permettre l’épanouissement individuel et collectif. Elle dégage tellement de richesses que même en période de crise elle trouve de quoi sauver ses banques tout en continuant à générer d’énormes bénéfices ! Un dixième suffirait à sauver la Sécu, un dixième suffirait à améliorer notre pouvoir d’achat et notre quotidien de manière spectaculaire. Ils sont organisés pour assurer leurs intérêts, nous devons nous organiser pour imposer les nôtres ! A nous de décider de nos vies, de notre société ! Le pouvoir est entre nos mains, le monde de demain nous appartient !

NEYA

Publié dans Combat n°4 Novembre 2008