Le mouvement revendicatif déclenché par le LKP et qui reçoit l’appui de la majorité de la population de la Guadeloupe ne s’affaisse pas, bien au contraire ! Il s’étend même, au-delà,  touche la Martinique et la Réunion et est regardé avec intérêt par les autres peuples de la région, notamment par les haïtiens ! Cette mobilisation continue et se renforce, malgré le refus du patronat à satisfaire les revendications essentielles et immédiates exprimées massivement par la rue et malgré la volonté du gouvernement de jouer, depuis le début, la carte du pourrissement !

Avec un taux de chômage qui touche 24% de la population et qui monte à 56% si l’on ne prend en compte que les jeunes de moins de 24 ans, avec une précarité qui se développe depuis bien avant cette nouvelle crise du capitalisme et qui va jusqu’à toucher de plus en plus les classes moyennes ; creusant encore le fossé entre ceux qui subissent l’exploitation de la part d’une poignée de possédants et font les frais des politiques désastreuses des gouvernements successifs et ceux qui ne cessent de s’enrichir grassement  sur leur dos depuis des décennies,  la Guadeloupe nous rappelle le véritable visage du capitalisme !

Cela se passe en France. Dans un département français certes éloigné de 8000 kilomètres, mais en France. L’erreur serait de croire qu’il s’agit -malgré sa spécificité- d’un cas isolé. Il suffit de regarder autour de nous, dans nos départements de métropole, pour constater les ravages du système dominant !

Alors, fatigués d’être rançonnés et rackettés par les monopoles commerciaux, par le monopole de la distribution et par le monopole des importations, (tous aux mains de quelques puissants descendants des premiers colons avec la complicité de l’Etat) les guadeloupéens ont fini par crier basta ! Et le crient dans la rue !

Les bénéficiaires de ces politiques d’exploitation on les connaît : Bouygues, Hayot, Véolia, CMA-CGM, Huyghes-Despointes, Air France, Vinci, But, BNP-Paribas, Bred, Total, Danone, Pepsi-Cola, LU, BN, Renault, Mercedes, Décathlon, Yves Rocher…

La dégradation du service public, du pouvoir d’achat, les taxes, la fermeture de centres de soins, la fermeture d’une vingtaine de classes faute d’enseignants, la faillite des petites exploitations agricoles, celle des artisans pêcheurs…; en Guadeloupe aussi les directives européennes -et la recherche effrénée de profits comme seul horizon- grèvent et hypothèquent les perspectives de développement de ces territoires et leurs populations.

Les représentants de la métropole et les élus locaux, ont pris connaissance depuis la mi-décembre 2008 des 146 points qui constituent la plate-forme de négociations présentée par le LKP. (chômage, service public, revalorisation des bas salaires, titularisations, expulsions des logements sociaux, etc.) Pourtant, rien ne fut fait. Il est vrai que le gouvernement et le patronat étaient trop occupés à distribuer l’argent public aux banques qui spéculent et aux entreprises qui dégagent -depuis des années- des bénéfices faramineux.       

La droite qui nous gouverne pour quelque temps encore, ne se limite pas à avoir comme seule réponse face aux revendications légitimes du peuple guadeloupéen la mise en branle de son appareil répressif, mais pousse le bouchon jusqu’à vouloir rétablir la défiscalisation de la construction privée, à envisager sérieusement la création d’une zone franche globale et l’exonération des entreprises à hauteur de 80% de taxe professionnelle, de taxe foncière et d’impôt sur les sociétés !

Si le contexte économique et social dans lequel cette mobilisation est née et s’exprime -et les revendications qu’elle porte- a trouvé un terrain fertilisé par des siècles de domination coloniale et -plus récemment- par un développement bancal à caractère post-coloniale, il ne doit pas nous faire perdre de vue que les rapports en jeu sont les mêmes qu’en métropole et partout  où le système capitaliste sévit: ceux d’une confrontation de classes, entre une majorité d’exploités qui ne supporte plus d’enrichir une bande de parasites et une bourgeoisie possédante, dont la fortune et les profits ne cessent de croître et qui dicte et définit -comme on l’a vu- la politique et le rôle de l’appareil d’Etat.

Alors que la droite et le patronat tentent de disqualifier le mouvement en réduisant le problème aux seuls 200 euros de revalorisation des bas salaires ou en nous parlant des tendances séparatistes et que la gauche réformiste s’agite et essaye de jouer la carte pseudo-responsable, craignant que le mouvement ne s’étende jusqu’ici et ne finisse par la dépasser, nous autres communistes révolutionnaires pensons que les revendications portées par le collectif LKP soulèvent des questions de fond qui touchent aux structures du système de domination capitaliste dans lequel nous vivons tous. Et que -au demeurant- il faut aller encore plus loin, dévoiler et mettre en évidence la nature de classe de ce conflit, l’étendre et le radicaliser.

Face à l’arrogance du capital et à la violence de l’exploitation qu’il nous inflige, nous sommes tous des guadeloupéens !

Nous espérons que l’exemple de la mobilisation dans les départements d’outremer nous servira pour préparer notre prochaine mobilisation du 19 mars !

En métropole ou en outremer, notre combat doit être le même : celui d’en finir  -une fois pour toutes- avec la bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production, avancer sans transiger vers la construction d’une société socialiste par et pour les travailleurs, par et pour le peuple !

Alors faisons de cette mobilisation du 19 mars un puissant levier de lutte politique et ouvrons les rues qui mèneront les travailleurs à la conquête du pouvoir !

FERNANDO

Publié dans Combat n°7 Mars 2009