Voilà, à peu près, le message que nous font passer les plus hautes instances de l'Etat, en taisant les méfaits du professeur Servier, diffuseur du médicament funeste. Quel a été le but de notre éminent professeur? La rentabilité, bien évidemment! Les laboratoires Servier n'ont péché que par cupidité, ils seront donc graciés.

À l'aune de cette affaire, qui pourrait encore nier la réalité d'une lutte menée par les classes dominantes? Qui pourrait nier que son obsession du profit s'effectue au détriment de nos existences? Qui pourrait nier l'extrême violence de cette situation? Une prise de conscience est nécessaire: le peuple se fait tuer à petit feu, sans avoir une vision claire des responsables. Le secteur de la santé est à cet égard particulièrement éloquent: chacun sent bien la réalité des injustices, mais les causes paraissent bien floues au profane.

Le droit à la santé est essentiel: il s'agit d'amoindrir les différences de qualité de vie entre bourgeois et prolétaires. Hélas, les faits sont de plus en plus criants: tout est fait pour revenir au dualisme navrant pauvre et malade/riche et bien portant.

Plusieurs éléments sont à noter. On insistera particulièrement sur les liens incestueux entre pouvoirs publics et industries pharmaceutiques. L'accession de Nora Berra, ancienne employée des groupes Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb  et Sanofi Pasteur MSD Europe, au poste de Secrétaire d'Etat chargé de la Santé est particulièrement révélatrice. Ces groupes, dont l'intérêt est bien évidemment le profit immédiat se trouvent donc quasi-officiellement représentés à la table du gouvernement français. La consternante séquence du Tamiflu nous avait déjà averti: rappelons-nous le psychodrame de la grippe A : Roselyne Bachelot (ancienne délégué médicale du laboratoire ICI Pharma), alors Ministre de la Santé, commandant des quantités astronomiques de médicaments pour un peu plus d'un million d'euros prélevés bien évidemment, sur les deniers publics... Ces médicaments sont restés inutiles, car il paraît acquis maintenant que la menace de pandémie n'ait été qu'un leurre, visant uniquement à renflouer la trésorerie des industries pharmaceutiques...

Quelque temps plus tard, cette même Madame Bachelot a associé son nom à une loi scélérate, ayant pour objectif final la transformation des hôpitaux en entreprises rentables. En effet, selon la loi Bachelot, le directeur d'un hôpital aura les mêmes pouvoirs que ceux dévolus au patron de n'importe quelle entreprise. Vous pensez que le domaine de la santé doit être à tout prix délivré des règles de la concurrence?  Passez votre chemin!  L'hôpital est une entreprise comme une autre!

Ces pleins-pouvoirs accordés aux directeurs d'hôpitaux ne sont pas de nature à nous faire oublier une autre loi, tout aussi dangereuse: il s'agit de la fameuse loi sur l'autonomie des universités, dite « loi Pécresse ». Cette loi, méprisant le caractère unique de l'enseignement, donne un pouvoir démesuré aux présidents d'universités, et fait ainsi entrer la logique concurrentielle dans les facultés. L'université peut ainsi être à la merci de toutes les inégalités de classe. Avec la loi Bachelot, l'hôpital public est menacé des mêmes dangers. On voit d'ailleurs que des nouvelles contraintes économiques sont imposées aux hôpitaux; il en résulte une réduction des équipes soignantes, et donc un amoindrissement de la qualité des soins.

Pour les classes dominantes, la clinique privée semble être le seul modèle des établissements hospitaliers. Si ce modèle se généralisait, la discrimination à la bourse deviendrait courante : les plus pauvres seraient privés de tout accès à la santé.

Nous avons donc bien affaire à une logique de domination. Toute notre lutte consiste maintenant à renverser cette domination, pour que chacun puisse recevoir les soins requis et puisse jouir pleinement de son simple droit à l'existence.

Publié dans Combat n°20 Avril/Mai 2011