Invité à communiquer sur son curieux rapprochement du NPA de Besancenot, Jean Marc Rouillan n’en avait pas moins réaffirmé ses idéaux révolutionnaires en déclarant « la lutte armée comme nécessaire à un moment du processus révolutionnaire » et en s’abstenant de la manière suivante à propos de l’élimination en 1986 par Action Directe de George Besse, le PDG ô ! Combien criminel de Renault ; « regrettez-vous […] cet assassinat ? Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus…Mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse […] ».

Bref, Jean Marc Rouillan, militant communiste passé aux actes, ne peut plus espérer aucune forme de clémence. La justice bourgeoise, loin de se soucier des prétendues libertés démocratiques, est impitoyable ! Cette décision de justice, fut bien entendu approuvée par les représentants de la bourgeoisie, et en premier lieu par Ségolène Royal qui déclarait récemment : « Evidement qu’il fallait renvoyer Jean Marc Rouillan en prison puisqu’il a continué à prôner la lutte armée ». Quant à la LCR, portée par le même opportunisme qui l’avait conduite à appeler à voter Chirac puis Royal, elle déclarait récemment dans un communiqué avoir « toujours rejeté et condamné les actions et la politique d’Action Directe » et être « en désaccord avec les déclarations récentes de Jean Marc Rouillan ». Bravo pour la solidarité envers leur nouveau camarade !

Car, que les choses soient claires ; on peut, en tant que marxistes, désapprouver d’un point de vue tactique les méthodes d’Action Directe. Mais les condamner de la sorte et en rajouter une couche en affirmant son désaccord sur « la nécessité de la lutte armée à un moment du processus révolutionnaire » c’est clairement capituler en faveur d’une vision de lâches, de révisionnistes et de petits-bourgeois pacifiés !

Mais comment expliquer le rapprochement de Rouillan avec le NPA, qui n’a évidemment pas grand-chose en commun avec Action Directe? Eh ! bien, d’après les éléments à notre disposition, il ne s’agit en rien d’un rapprochement « politique » ; D’un côté, Rouillan avait besoin de se remettre en selle, et de se réapproprier « 20 ans d’histoire de ce pays », de l’autre Besancenot, avait grandement besoin d’une caution de « gauche » et de crédibilité révolutionnaire.

De toute évidence, ce rapprochement artificiel fut entièrement guidé par des  considérations tactiques, ponctuelles et intéressées. D’ailleurs Rouillan ne se fait guère d’illusion et envisage déjà le futur NPA comme « un petit parti électoral » devant être « a plus ou moins longue échéance […] naturellement éliminé de ce processus ».

Malheureusement, Jean Marc Rouillan risque fort d’être privé de toute opportunité de manœuvrer dans l’arène politique. Le vieux loup est encore capable de mordre, et la bourgeoisie aimerait bien en finir avec les diverses traditions du communisme révolutionnaire, qu’Action Directe a eu le mérite de perpétuer. Nous soutenons le camarade Jean-Marc Rouillan pour les difficiles épreuves qu’il aura encore à traverser, et nous saluons sans réserve son courage et sa fidélité révolutionnaire !

ELIAS

Publié dans Combat n°4 Novembre 2008