Mandela, icône noire pour la bourgeoisie, et comment !

 

Le décès de Nelson Rolihlala Mandela début décembre, a donné l’occasion aux médias bourgeois du monde entier de se lancer dans une intense campagne de propagande, comme ils savent si bien le faire.

Discours hypocrites de chefs d’Etats impérialistes, pleurnicheries et hommages en pagaille, films, produits dérivés…Il est loin le temps du Mandela « terroriste communiste » ! Le culte de la personnalité à la sauce capitaliste réécrit l’histoire. Mais au-delà des clichés dont nous martèlent les journalistes bien-pensants, voyons concrètement ce que représente Mandela et finalement ce qu’il fit pour son peuple.

En 1944 Mandela rejoint l'ANC (l’African National Congress, dont il deviendra un des leaders) pour combattre l'apartheid sud-africain. Ce régime raciste dirigé par une bourgeoisie blanche minoritaire, descendante des colons anglais et hollandais, utilisa systématiquement la violence contre la majorité (noirs, métis, asiatiques). La division du pays en castes, les nombreux massacres ainsi que les tortures infligées aux opposants n’empêchèrent nullement les « démocraties » bourgeoises occidentales de le soutenir jusqu'au bout. L’État français -bien qu'il condamna l'apartheid devant les caméras- contourna l'embargo international pour vendre des armes au régime sud-africain contre de l’uranium et n’hésita pas à assassiner Dulcie September (représentante de l’ANC en Europe) à Arcueil en 1988. C'est dans ce contexte de lutte armée, de sabotages des entreprises et non de pacifisme militant que Mandela, lors de son retour d'Algérie -où il s'était entraîné à l'art de la guérilla- fut arrêté par la police sud-africaine avec l'aide de la CIA. Durant ses longues années de détention, de 1962 à 1990, son influence sur les sud-africains ne fit que s'étendre, et dans le monde entier s'organisèrent des manifestations pour demander sa libération.

La défaite de l'armée raciste sud-africaine en Angola en 1988 (causée en partie par les Cubains) affaiblit le régime et précipita la libération des prisonniers politiques. Au moment où l'URSS cédait à la contre-révolution, l'Afrique du Sud et Mandela étaient enfin libérés de l'apartheid. Le peuple sud-africain était alors animé d'un esprit révolutionnaire et pensait avoir entre les mains un avenir meilleur, promis par la Charte de la liberté de l'ANC.

Mais comment ne pas voir un contraste, entre l'espoir immense que la fin de l'apartheid rependit chez tous les Noirs sud-africains et la réalité de leurs conditions de vies actuelles ?

Que de déceptions et de trahisons, pour celui qui fut élu en 1994 Président du nouvel État d'Afrique du sud. Car c’est plutôt en Oncle Tom, fidèle défenseur de l’Etat bourgeois, qu’il s’illustra. Pourtant c'était pour améliorer la vie du peuple, en majorité noir et pauvre, que Mandela sacrifia une bonne partie de sa vie. Il partagea sa lutte avec les communistes sud-africains, il était donc légitime d'attendre de sa part des changements radicaux en faveur de la population. Mais les nationalisations des banques, des mines et des industries, revendiquées par la Charte, furent rangées au placard avec les autres promesses non-tenues, comme la redistribution des terres. Mandela et l'ANC choisirent consciemment de ne pas s'attaquer aux privilèges de la bourgeoisie blanche, au nom d’une « réconciliation nationale » ! Il se soumit aux directives du FMI en maintenant tous les bureaucrates blancs et en s’engageant à rembourser la dette accumulée sous l’apartheid. Il accorda même l’impunité aux responsables des crimes commis par le régime, même pendant le processus de transition « démocratique » ! 

Dans les derniers jours de l'apartheid, le pays était au bord d'une révolution sociale, Mandela fut donc la dernière carte que les élites utilisèrent pour ramener la stabilité et conserver leur pouvoir économique. Il avait l'avantage d'être respecté des masses et d'être reconnu par elles comme un résistant sincère et incorruptible.

Peu importe les belles paroles, dans les actes, Mandela choisit son camp : celui des riches. La nouvelle élite noire vit maintenant dans de luxueuses résidences, cachée derrière de grandes enceintes pour se protéger des miséreux venant des ghettos...

Le peuple sud-africain apprit très vite que la liberté politique sans émancipation économique est une chimère, voire pire : un piège illusoire. Aujourd'hui l'Afrique du sud « arc en ciel » est un des pays les plus inégalitaires, avec 25 % de chômage et un prolétariat noir vivant toujours dans des conditions révoltantes, entre misère et exclusion. Sous l'apartheid, les Noirs n'étaient pas autorisés dans les restaurants, mais aujourd'hui combien ont les moyens de s'y rendre ? Les écoles sont ouvertes aux noirs mais comment étudier sans électricité, sans l’eau courante ? Les habitants de Soweto et des autres bidonvilles le vivent tous les jours, l’apartheid est tombé mais les grands propriétaires blancs continuent de les traiter comme des nègres. Le capitalisme n'est rien d'autre qu'un apartheid économique !

La page est tournée et c’est aux vivants de se soulever aujourd’hui. Il n’y a rien à attendre de cette petite-bourgeoisie noire qui, une fois débarrassé de l’oppression raciale, regarde ses frères mourir dans les Townships. Leurs mains sont également tachées du sang des travailleurs. Il reste encore la liberté à conquérir.

Seul le communisme, association de tous les travailleurs pour un monde sans classes, parviendra à émanciper les noirs, les blancs, les jaunes...

Publié dans Combat n°33 Hiver 2013/2014