foule Tebourba manif Tunisie

Tunisie, la lutte continue!

 

La succession des « réformes économiques » menées par le pouvoir en Tunisie, telle la récente « loi sur la finance », a engendré en ce début d’année une importante vague de contestations, de grèves et d’affrontements avec le pouvoir.

Les manifestations ont mobilisé une jeunesse privée d'espoir et une partie de l'opposition à travers tout le pays. Elles ne se sont, pour l’instant, soldées que par la promesse d’ouvrir une couverture sociale pour les privés d'emploi.

Cette nouvelle « loi sur la finance » prévoit une « restructuration de la fonction publique ». Cela se traduit par le gel des salaires et des recrutements, le recul de l'âge de départ à la retraite et par le non remplacement des postes vacants. Par ailleurs cette loi implique la hausse des prix sur les produits de base, et des dispositifs fiscaux avantageux pour les capitalistes. Ceci ne pouvait qu'augmenter le sentiment de mécontentement, voire de rage d'un prolétariat écrasé sous le joug des multiples réformes exigées par le FMI, l'UE et toutes les instances au service des multinationales et des États impérialistes.

Mais ce n'est point la goutte qui a fait déborder le vase… Ce vase déborde depuis 2008, et même bien avant. Le mouvement actuel s'inscrit dans la continuité des vagues contestataires qui secouent la bourgeoisie locale et ses patrons impérialistes depuis les luttes des ouvriers du bassin minier de Gafsa (2008). Contrairement à ce que les médias bourgeois et les opportunistes de gauche veulent nous faire croire, le soulèvement populaire de 2011 n’a pas provoqué de rupture au niveau de l'organisation économique et sociale du pays. Rien n’a changé, la politique actuelle du pays s'inscrit dans la continuité des politiques d'avant 2011.

Depuis la grève générale du 14 janvier 2011 qui a causé la chute de Ben Ali, le pouvoir bourgeois s’est reconstitué en réconciliant libéraux et conservateurs  pour accumuler les plans d'austérité, de privatisations et accélérer le dépouillement organisé des services publics.

Dans cette lutte une partie de la population appauvrie et mise à l’écart par le système capitaliste joue un rôle moteur. Incarnée par le Syndicat des Diplômés Privés d'Emploi, elle ne cesse de prendre les devants de la scène : à Kasserine en septembre 2016 lors de l'occupation du siège du gouvernorat par les Privés d'Emploi, ou à Kamour en mai 2017 lors du blocage de la production pétrolière. Cette armée de prolétaires vouée donc jadis, soit à l'exploitation sauvage pour survivre  dans les grandes villes, soit à la misère des campagnes sous-développées, est aujourd’hui à l’avant-garde du mouvement.

Il n’y a rien à attendre du coté de l'U.G.T.T (Union Générale Tunisienne du Travail). Ce syndicat unique à l'échelle nationale souffre en effet de corruption, de clientélisme et de manque de démocratie. Sa direction est plongée depuis trop longtemps dans la plus humiliante des trahisons. L’organisation se trouve aujourd'hui plus que jamais confrontée aux irrépressibles contradictions qui s'animent en son sein : comme celle qui sépare irrémédiablement la direction d’une minorité de militants dévoués  à la cause ouvrière. Est-il besoin de rappeler que l'insurrection de 17 décembre-14 janvier 2011 n'a pas attendu ces bureaucrates corrompus de l’UGTT qui soutenaient Ben Ali jusqu'au 12 janvier 2011, pour crier « Travail et Dignité » et faire trembler le pouvoir par la grève générale du 14 janvier ?

Les forces dites progressistes et la social-démocratie, unies sous la robe du Front Populaire, pratiquent la fameuse danse des jambes écartelées, un pied dans la rue et l'autre dans le parlement, multipliant les leurres et se hâtant vers les urnes, ultime destination pour ceux qui n'ont point de provisions pour aller plus loin… Dans cette démarche électorale qui sème la confusion chez les travailleurs, la social-démocratie prétend, au nom de la nécessité de collaborer avec tous les partenaires nationaux, vouloir réaliser le « progrès social » tant attendu... En réalité elle retarde l’accomplissement du prolétariat en tant que classe pour soi. En d'autres termes elle empêche la constitution du parti révolutionnaire en tant qu'organisation des travailleurs pour eux-mêmes, tout en procurant la paix et la prospérité pour la bourgeoisie. Cette attitude politique motivée par l'opportunisme ou la trahison, omet sciemment que dans un pays comme la Tunisie, la bourgeoisie locale est incapable d’assurer un développement nécessaire au progrès social. En effet cette bourgeoisie vit grâce aux miettes lâchées par ses maîtres impérialistes, et n’a pas d’autres ambitions que d’en profiter.

Le prolétariat de Tunisie a appris qu’il pouvait, par la solidarité et l’organisation, faire plier la bourgeoisie. C'est ainsi que nous avons vu naître les premières tentatives d'organisation d'assemblées populaires ce 12 janvier devant les gouvernorats (préfectures) de  certaines villes. Ces embryons de pouvoir populaire ont connu une énorme répression. Car c’est bien là que le pouvoir bourgeois tremble réellement, quand il est face au peuple organisé et décidé à prendre ses propres affaires en main sans intermédiaires corrompus.

Cette répression,  l'unique réponse possible du pouvoir bourgeois, ne fera qu'augmenter la rage populaire. Il s’agit maintenant de trouver les moyens d’expression afin de convertir cette colère en acte révolutionnaire. Le préalable indispensable est la constitution du parti révolutionnaire des travailleurs qui portera le projet et guidera le prolétariat dans le seul processus véritablement émancipateur, que nous, militants de l'Arme Révolutionnaire Marxiste, appelons : Révolution.                                   

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