Gabon :

Entre émeutes et répression, Bongo s'accroche au trône

 

L'assemblée nationale brûlée, le QG de l'opposition bombardé, manifestations réprimées dans le sang (on parle d'une cinquantaine de morts)... Le Gabon a vécu plusieurs jours de violences suite aux élections présidentielles fin août qui ont officiellement donné Ali Bongo vainqueur pour sa réélection.

D'après les chiffres officiels, Bongo devance son principal adversaire, Jean Ping, d'environ 5000 voix. Le camp de ce dernier a immédiatement accusé le pouvoir de fraude électorale et des émeutes ont éclaté partout dans le pays. L'opposition pointe surtout le taux de participation invraisemblable déclaré dans la région du Haut-Ogooué, fief du camp Bongo, qui frôle les 100% !

Ali Bongo est au pouvoir depuis 2009, date de la mort de son père, Omar Bongo, qui a dirigé le Gabon pendant 41 ans. Historiquement, le Gabon est le symbole de la "Françafrique" et Omar Bongo en fut l'enfant chéri. En effet, tout ce qui touche cette ancienne colonie concerne aussi la France. Bongo mit à disposition les richesses de son pays (pétrole, uranium, manganèse, bois précieux) aux grosses entreprises hexagonales en échange d'un soutien inconditionnel de l'Elysée. La dynastie Bongo a toujours eu des liens très étroits avec le pouvoir français, finançant même abondamment les grands partis politiques de gauche et de droite. La proximité est telle que la FIBA, fermée en 2000 suite à l'affaire Elf, était la banque africaine de la compagnie Elf (aujourd'hui Total) ainsi que d'Omar Bongo !

Aujourd'hui, tous les regards se tournent vers la Cour Constitutionnelle qui doit confirmer ou non la victoire du président sortant. Jean Ping, qui fut président de l'Assemblée des Nations unies en 2004, espère compter sur le soutien de l'Europe et des Etats-Unis, à la manière d'un Alassane Ouattara.

Comme en 2009, le peuple gabonais a démontré une fois encore qu'il ne voulait plus de la clique éternelle des Bongo. Dans un pays où les pétrodollars coulent à flots, la majorité de la population survit avec des miettes et tous les services publics manquent cruellement : santé, éducation, eau potable...

Cependant, il serait illusoire d'espérer un véritable changement si Jean Ping arrivait à gagner le poste de président. Il est un parfait candidat du système, lui qui fut un cacique du régime Bongo jusqu'en 2014, président de l'Opep en 1993 et même gendre d'Ali Bongo durant un temps. Ses plus grands soutiens politiques au Gabon sont d'ailleurs eux-mêmes d'anciens pontes du régime.

Le peuple gabonais a toutes les raisons du monde de vouloir dégager le fils Bongo, mais il ne doit rien attendre d'une éventuelle alternance politique bourgeoise. Tant que les immenses richesses du pays seront pillées par les mêmes multinationales, tant que l'Etat sera celui de la classe exploiteuse minoritaire, la misère et les injustices se perpétueront. Seule une révolution sociale pourra mettre fin à l'impunité des capitalistes et de leurs marionnettes politiques.

Ici ou là-bas, rien à attendre de leur mascarade électorale qui ne sert qu'à soumettre le peuple ! Le seul changement sera révolutionnaire ! Travailleurs de tous les pays, luttons pour la réappropriation des richesses que NOUS produisons ! Exproprions les expropriateurs !

Publié dans Combat n°42