Yémen :

Sunnite ou chiite, le pouvoir ne sert qu'un seul maître :

le dollar !

 

Depuis mars dernier, l’Arabie Saoudite à la tête d’une coalition armée allant du Sénégal au Pakistan, en passant par le Maroc et le Soudan, bombarde la population yéménite.

Elle prend ainsi le relai des frappes aériennes et navales US ordonnées par Obama depuis 2009. Sur le terrain, les deux pays agissent main dans la main pour pilonner le territoire et s’assurer le contrôle de la région. Le golfe d’Aden est un passage hautement stratégique sur la route des pétroliers Asie-Europe. Si le canal de Suez est la porte de sortie de la mer Rouge, le golfe d’Aden en est la porte d’entrée. On comprend donc son importance commerciale.

Après avoir mis le feu en Irak, en Libye et en Syrie, c’est au tour du peuple yéménite d’être emporté dans la danse macabre de la guerre impérialiste. Car les Etats-Unis aimeraient bien que le sale boulot soit fait par d’autres. Politiquement, ils masquent ainsi leurs responsabilités et sèment la discorde et la confusion. Socialement, cela soulage l’Etat américain du poids de la guerre en évitant les pertes humaines et la problématique du « retour à la vie civile » de leurs bataillons de vétérans complètement démolis psychiquement. Economiquement, cela permet aux marchands de morts de se remplir les poches en vendant leurs armes,  leurs bateaux, leurs avions et leur technologie de pointe aux belligérants.

L’interprétation religieuse des conflits au Moyen-Orient n’est que manipulation et aveuglement du peuple pour justifier les guerres et le soumettre aux intérêts de quelques grandes familles. Le piège de l’explication d’un conflit sunnite/chiite nous est servi à longueur de journée par les médias et les intellectuels vendus. Ces derniers veulent ainsi nous abrutir et nous enfermer dans un paradigme réactionnaire qui laisse les véritables responsables à l’abri de toutes contestations. L’histoire moderne des Etats du Moyen-Orient (et du monde entier !) s'explique toujours, en dernière instance, par les intérêts impérialistes et le jeu de domination des bourgeoisies nationales.

Au Moyen-Orient, le déclin de l’Empire Ottoman est concomitant au développement capitaliste dans le monde. Dans leurs volontés d’hégémonies, les puissances européennes poussèrent les Arabes à la révolte contre les Ottomans. Dès 1838 le golfe d’Aden est occupé par les britanniques pour assurer leur route vers les Indes. La Première Guerre mondiale consacra les impérialismes anglais et français, tandis qu’elle liquida les Empires allemand et ottoman. La France et l’Angleterre découpèrent la région en 5 zones d’influences qu’ils occupèrent militairement malgré les promesses d’indépendances faites aux Arabes. Ce fut l’accord Sykes-Picot.

 Ibn Saoud, le fondateur de l’Arabie Saoudite traitait avec les britanniques dès 1915. C’est eux qui l’aidèrent dans ses conquêtes et lui permirent la création de son Etat en 1932. En 1934, le traité de Taëf, imposé par les anglais, lui octroyait les provinces yéménites de l’Asir, Najran et Jizan. En échange l’Arabie Saoudite ne devait pas toucher au golfe d’Aden un peu plus au sud et toujours sous contrôle anglais. En 1938, avec la découverte de pétrole, Ibn Saoud allait se vendre à une jeune puissance impérialiste naissante : les Etats-Unis. En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, qui scella la domination de l’impérialisme américain sur l’Europe, Roosevelt rencontrait Ibn Saoud et signait, dans la foulée de Yalta, le pacte du Quincy, renouvelé en 2005 avec Bush. Dès lors, l’Arabie Saoudite n’eut de cesse d’influer en sous-main sur la politique nationale de son voisin en soutenant, par exemple, les organisations royalistes face aux forces républicaines (1962). Il fallut attendre 1967 et la création de la République démocratique populaire du Yémen (Yémen Sud)  pour enfin parvenir à chasser les anglais du golfe d’Aden. Ce fut la première république marxiste du monde arabe. Fortement soutenue par les soviétiques, elle disparut en 1990 lors de l’union des deux Yémen (Nord et Sud). Depuis, le pays est marqué par l’instabilité et les luttes intestines. C’est à qui prendra le pouvoir pour vendre le pays aux américains et s’enrichir sur le dos du peuple. Ce n’est donc pas la première fois, ni la dernière, que l’Arabie Saoudite intervient dans les affaires de son voisin. En fait depuis sa création, elle lorgne sur le Yémen.

 L'impérialisme se moque des caractéristiques démocratiques ou religieuses des Etats dominés ! Ce qui importe ce sont les débouchés économiques, l'accès aux ressources stratégiques et la sécurité des voies commerciales. Ainsi, le « printemps » yéménite, à l’inverse de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, n’a pas la faveur des Etats-Unis car l’issue leur parait trop incertaine. Comme celui du Bahreïn, il ne fut pas couvert par les médias et les américains préférèrent laisser les puissances voisines intervenir pour le maintien de l’ordre. Celles-ci seront de toute façon soumises aux intérêts US puisque le seul objectif des bourgeoisies à leurs têtes est de se remplir les poches de dollars.

L’idéologie religieuse ne sert que les intérêts des grandes familles bourgeoises locales pour justifier leurs guerres d’après la bible, le coran ou la torah. Mais malgré tout le soin qu’elles apportent à leur propagande, l’explication d’un conflit sunnites/chiites, ou de l’interventions des nations sur une base religieuse, ne résiste pas à un examen des faits. Elle n’explique pas comment des milliers de fantassins irakiens chiites sont morts lors de la guerre (1980-1988) contre leurs coreligionnaires iraniens, ni l’alliance des irakiens chiites à la résistance sunnite contre l’envahisseur américain en 2003. Elle n’explique pas le soutien de l’Iran (chiite) au Hamas (sunnite), tandis que des liens commerciaux souterrains existent avec Israël. Elle n’explique pas la compétition pour la domination régionale entre l’Arabie Saoudite (sunnite) et le Qatar (sunnite). ni le soutien de ces derniers aux Frères Musulmans alors que l’organisation a été dissoute chez eux ! Enfin, le prisme religieux n’explique pas les enjeux et les motivations du conflit au Yémen.

Les jeux de pouvoir des différentes bourgeoisies ne sont motivés que par des objectifs de domination économique régionale. C’est partout la population la principale victime. Au Yémen, les rivalités pour la succession à l’ancien président Saleh, dictateur à la solde des Etats-Unis et millionnaire dans le pays le plus pauvre du Moyen-Orient, plongent le pays dans le chaos depuis des années et interdit tout dénouement favorable à la population. Ajouter à cela, un blocus accompagné de bombardements de drones américains et vous trouverez dans les villes privées d’eau, d’électricité et de tous moyens de communication, quantité de jeunes recrues pour Al Qaïda ou l’Etat Islamique. L’impérialisme américain et leurs alliés européens font et défont les gouvernements et les frontières selon leurs grés. Les luttes d’influence régionales ne doivent pas nous tromper pour masquer notre véritable ennemi : le capitalisme. Que celui-ci soit américain, français, israélien, saoudien ou iranien, il a toujours le même visage : celui de l’exploitation et de la guerre. Même les djihadistes, symbole de résistance auprès des plus démunis, ne sont que le produit des manœuvres US contre les régimes qui lui étaient hostiles. Au Yémen, avant la Somalie et l’Afghanistan, les américains finançaient déjà ces groupes pour contrer l’influence de l’Union Soviétique.

Qui peut encore croire que Bush a envahi l’Irak pour des motivations religieuses ?!! Les rapports des Etats-Unis avec l’Iran et récemment avec Bachar El-Assad prouve que « l’axe du mal » se déplace selon les intérêts du moment. De la même façon, les déclarations de haine de l’Iran vis-à-vis d’Israël et des Etats-Unis ne sont que des propos destinés à exciter les sots et les ignorants. C’est le jeu de la politique bourgeoise que de créer ces divisions religieuses ou ethniques afin de détourner la juste colère du peuple et de le maintenir sous sa domination.

Que ce soit en Egypte, en Tunisie, en Syrie, au Yémen, en Grèce, en Espagne ou en France, ce n’est qu’en construisant son parti révolutionnaire que la population pourra défendre son intérêt propre. Sa tâche historique est de prendre le pouvoir en renversant la classe dominante, en brisant son Etat. Elle doit exproprier la bourgeoisie afin de réorganiser l’économie sur des bases collectivistes. Seule l’organisation des peuples au sein d’une fédération socialiste du Moyen-Orient garantira la paix à laquelle aspirent les populations. L’Internationale communiste est l’organisation sociale la plus large et la plus égalitaire que l’Histoire a connue. C’est parce qu’elle dépasse les considérations tribales, étatiques ou religieuses et qu’elle ne remplace pas une oppression par une autre ou un impérialisme par un autre, qu’elle est l’expression des travailleurs par et pour eux-mêmes.

Tous les malheurs du prolétariat trouvent leurs sources dans l’exploitation capitaliste et dans la course à l’accumulation que se livrent quelques grandes familles. Quand l’on gratte le vernis religieux, ethnique ou nationaliste, qui revêt la plupart des organisations politiques, on ne trouve que des pions destinés à maintenir le système de domination bourgeois. La solution ne viendra ni du ciel, ni d’un quelconque leader « progressiste », mais de toi, lui et elle, de nous, le prolétariat organisé indépendamment du carcan de la politique bourgeoise. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

NEYA

Publié dans Combat n°39 été 2015