Grèce :

Syriza, une chance... pour sauver le système !

 

La victoire annoncée de Syriza (gauche radicale) en Grèce met en émoi toute une partie de la clique politicienne européenne. Tous ces démagogues professionnels qui nous parlent de « souveraineté national », le F.N et Mélenchon en tête, rêvent de la même ascension fulgurante à la gouvernance  de l’Etat.

Après plus de cinq ans d’augmentation du chômage, de disparition des services publics, d’appauvrissement généralisé sous la coupe réglée des intérêts de la Troïka (FMI, BCE, Commission européenne), Syriza est naturellement présenté comme un sauveur, le point de départ d’une nouvelle ère. En effet, tous ceux qui voudraient que nous placions encore nos espoirs de progrès social dans l’Etat bourgeois nous parlent de « victoire » du peuple sur l’Europe libérale. Cela relève, soit du mensonge délibéré, soit d’une conscience de classe sous-développée. Que la faillite de Syriza serve donc de leçon à ceux qui peuvent encore être sauvés !

Car, nous vous l’annonçons Syriza, c’est bidon ! Son programme immédiat se résume, pour une large part, dans l’annulation des réformes menées par le gouvernement précédent, à savoir le rétablissement du SMIC au niveau de  2012, du nombre de fonctionnaire, etc. Alexis Tsipras, le leader du parti, a, dors et déjà, fait la tournée des places économiques occidentales pour prêter allégeance, et rassurer les capitalistes. Syriza s’est donc débarrassé de toutes ses revendications jugées trop radicales. Il n’est plus question de sortir de l’Euro et la dette sera simplement renégociée. Autant le dire clairement, l’organisation a déjà donné les gages de sa soumission au carcan capitaliste. « I’m not dangerous ! » clame Tsipras à la City à Londres et au FMI.

La Grèce compte plus de 25% de chômeurs (plus de 50% chez les moins de 25 ans), mais loin de défendre l’idée de nationaliser tous les grands secteurs de la production et la distribution, pour partager le travail, Syriza, propose du bricolage au rabais ! Ainsi il se limite à promouvoir « des dispositifs spécifiques favorables à l’embauche » de 300 000 chômeurs dans le public et dans le privé, « ainsi que pour la création d’entreprises par les chômeurs ». Autant dire que les chômeurs seront condamnés à se débrouiller comme ils peuvent !

La Grèce est étouffée sous le poids du remboursement de la dette et la spirale ne s’arrêtera pas avec des tours de passe-passe. Plutôt que de rejeter cette dette absurde qui l’asservit aux banques et au capitalisme internationale, Syriza « envisage la fondation d’une banque de développement… pour le financement des petites et moyennes entreprises ». Voilà qui est bien loin d’un vrai projet de relance industrielle !

Syriza avance, certes, une série de mesures concernant l’accès à l’électricité, au logement et aux soins médicaux. Mais ce sont des bouées de sauvetage à destination uniquement de la frange la plus pauvre de la population. Ce qui est nécessaire pour le capitalisme s’il veut conserver, à minima, la force de travail de ses esclaves.

Le reste du programme relève de la même imposture. Pour Syriza « réformer la structure de la gouvernance locale » c’est avant tout « utiliser une banque spécialisée en développement local pour financer des projets locaux par des prêts à bas taux d’intérêt ». Et en ce qui concerne la démocratie Syriza souhaite « renforcer le rôle législatif et de contrôle du Parlement » puis « instituer le référendum d’initiative populaire ». Tout cela est de la poudre aux yeux afin de préserver l'illusion de la démocratie bourgeoise. Rien d’étonnant donc, à voir, finalement Syriza former une coalition avec la droite souverainiste (dissidente du parti de droite au pouvoir avant ces élections) pour obtenir la majorité absolue au parlement.

En résumé, le programme de Syriza pourrait être celui de Montebourg aux prochaines primaires PS tant il prend soin de préserver les intérêts des capitalistes. On est très loin du bout du tunnel pour le peuple grec et ce n’est pas non plus une étape vers la liberté et l’opulence, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire gober. Ce sont encore les mêmes joueurs qui jouent au même jeu mais à la fin c’est toujours la banque qui gagne.

La crise politique grecque va continuer. Peu de temps vont s’écouler avant que le peuple Grec ne doive faire face aux limites d’un tel programme et ne redescende dans la rue. Il n’est pas question d’étape ici, mais seulement de calmer le peuple avec ce genre de coalition de gauche, capable de prendre ce qu’il faut comme mesures sociales afin que la marmite n’explose pas. C’est d’une organisation des travailleurs capable de s’imposer dans la lutte dont a besoin la Grèce, l’Espagne, la France… On ne peut pas construire une tel organisation et aller vendre ses salades au peuple.

Le capitalisme ne se réforme pas, il est par nature, soit au service des riches... soit au service des riches ! Seul un Etat des travailleurs aura le courage de rompre avec la logique capitaliste et les institutions politiques bourgeoises. Tel est l’enjeu historique de tous les travailleurs du monde.

Publié dans Combat n°38 Hiver 2015