Normalisation des rapports de Cuba avec les USA :

Victoire ou défaite du communisme ?

 

Le 17 décembre dernier, Raul Castro et Barack Obama ont annoncé simultanément la normalisation historique des relations entre Cuba et les USA. Comment le régime socialiste cubain, symbole de la lutte contre l’impérialisme américain depuis plus de 50 ans en est-il arrivé là, et quelle signification donner à ce rapprochement ?

Alors, qu’une partie de la presse de gauche pseudo-communiste salut une victoire de Cuba, susceptible de permettre la levée de l’embargo sur l’île, ne doit-on pas plutôt y voir la fin de la résistance d’un Etat ouvrier désormais prêt à céder à la pression impérialiste ?

Panneau propagande Cuba

Ces dernières années, et notamment au travers des mesures adoptées du 6ème congrès du parti communiste cubain en 2011, l’île accélère sa libéralisation en créant toutes les conditions économiques, sociales et juridiques, à la restauration du capitalisme. Un demi-million d’emplois public ont été supprimé, le peuple est encouragé à se débrouiller en devenant «travailleur indépendant», les capitalistes étrangers sont encouragés à investir dans des « zones spéciales de développement », les entreprises d’Etat s’autonomise et sont gérées par les municipalités, les taxis sont privatisés, et l’immobilier libéralisé… C’est dans ce contexte, qui semble préfigurer à une contre-révolution à la chinoise ou à la vietnamienne, que les USA changent d’attitude et tendent la main à Cuba.

Les USA sont donc en train de retrouver un terrain de jeu pour leurs capitalistes, dont certains, comme Cargill (blé), Archer Daniel Midland (Soja) ou Tyson Foods et Pilgrim’s Pride (poulets surgelés) ont déjà commencé à faire des affaires sur l’île, et Coca-cola, Pepsi, ou Caterpillar sont désireux d’être de la partie. Mais le plus important pour les USA, à l’heure où le Nicaragua programme de creuser un nouveau canal de 278 km afin de concurrencer celui de Panama (80 km), et où Cuba crée, avec des capitaux brésiliens, un port de première importance, c’est de défendre ses intérêts géostratégiques dans les Caraïbes et en Amérique latine, face à la concurrence des impérialismes Chinois ou Russe. Pour résumer, l’impérialisme américain espère tirer triplement avantage de son rapprochement avec l’Etat cubain. Politiquement, les USA programment la mort du socialisme cubain, économiquement, il ouvre un marché pour leurs capitalistes, et enfin, il crée les conditions géostratégiques nécessaires pour concurrencer les autres puissances capitalistes, comme l’illustre la déclaration d’Obama sur « l’Amérique aux Américains ».

Tout semble indiquer que nous connaissons la fin de la belle histoire de la révolution cubaine. La vieille garde communiste cubaine passe l’arme à gauche, et le peuple cubain, épuisé par 25 ans d’isolement international, n’est pas préparé, psychologiquement, idéologiquement et politiquement, à défendre activement une révolution pourtant si chère à son cœur. Sur l’île, les sentiments sont contradictoires, mais beaucoup espère -à tort- obtenir le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire garder les acquis du socialisme tout en profitant de la restauration de l’économie capitaliste. Le vieux Raul Castro a beau prétendre veiller « au respect de notre indépendance nationale et de notre autodétermination », il est désormais très loin de l’emblématique dicton cubain du « socialisme ou la mort » ! C’est dur à admettre, mais mieux vaut commencer à se faire une raison et continuer à se battre pour la révolution que de se laisser bercer d’illusions, et, au final, capituler au nom du « progressisme », du réformisme et du révisionnisme comme le font tous les traîtres au communisme, ici et ailleurs !

Publié dans Combat n°38 Hiver 2015