Ukraine :

Pro-russes ou pro-occidentaux, derrière les symboles…

Rien qu’une histoire de bourgeois !

 

De droite ou de gauche, nombre de médias et de courants politiques donnent une représentation complètement tronquée de la situation ukrainienne.

Tachons d’éclaircir un peu, d’un point de vue marxiste, les évènements de ces derniers mois :

                Il y a d’un côté la vision pro-occidentale et pro-européenne, qui fait mine de voir dans le renversement de l’ex-président, Ianoukovytch, la conséquence d’un élan libérateur et démocratique du peuple ukrainien, à l’instar de la « révolution orange » de 2004. Mais en vérité, si la gestion du richissime Ianoukovytch  avait de quoi provoquer l’insatisfaction de la population, le mouvement de cet hiver à Kiev était orchestré par une partie de la bourgeoisie ukrainienne en collaboration étroite avec l’impérialisme américain et européen. Ainsi, les partis et politiciens pro-européens, tel l’ex-boxeur Vitali Klitchko, la riche et corrompue Ioulia Timochenko, ou encore le milliardaire Porochenko, probable futur président des restes de l’Etat ukrainien, ont tous fait front, appuyés par leurs alliés d’extrême droite, du parti Svoboda et du « secteur droit », pour forcer la redistribution des cartes politiques. Pour résumer, le mouvement pro-européen, est avant toute chose la conséquence d’une volonté d’ingérence de l’impérialisme occidental appuyée localement par une partie de la bourgeoisie ukrainienne, et s’appuie secondairement sur une foule de sentiments nationalistes, anti-russes et anti-communistes.

                L’autre vision est, à priori, plus séduisante, mais est, dans le fond, tout aussi erronée. Partagée par une partie de l’extrême-gauche et de l’extrême droite française, cette vision pseudo « anti-impérialiste » pro-russe, oppose la « légitime » défense des intérêts russes en Ukraine aux convoitises impérialistes occidentales, voir à un prétendu « danger fasciste ». Mais la vérité c’est que la Russie n’est plus l’union soviétique, et que c’est bien, ici encore, une partie de la bourgeoisie ukrainienne, aidée par l’Etat Russe, qui organise les résistances et les velléités d’indépendance dans le Sud-Est de l’Ukraine et en Crimée. Alors bien-sûr, la bourgeoisie pro-russe (c’est-à-dire celle qui a intérêt économiquement à entretenir ses relations avec la Russie), peut s’appuyer sur la nostalgie de l’époque soviétique pour rallier une large partie de la population à sa volonté de rapprochement avec la Russie. Mais le peuple Ukrainien n’a fondamentalement pas davantage d’espoir et de progrès à attendre de l’Etat bourgeois Russe que de l’Union européenne, ou au mieux quelques tarifs préférentiels sur les importations de gaz russe, mais pour combien de temps encore !?

                La vérité, c’est que le peuple ouvrier ukrainien, n’ayant  aucune organisation révolutionnaire indépendante, est instrumentalisé par deux camps impérialistes qui font respectivement appel à une démagogie nationaliste et une symbolique politique largement obsolète. Il n’y a pas, en Ukraine, les fascistes d’un côté et les communistes de l’autre, il y a lutte entre deux cliques bourgeoises qui s’appuient sur des sentiments illusoires et anachroniques ! Les évènements en Ukraine n’illustrent en rien une lutte entre les classes sociales, entre salariés et patrons, il s’agit d’une lutte interne au sein d’une bourgeoisie ukrainienne tiraillée et convoitée par deux puissances toutes aussi capitalistes l’une que l’autre !

                Il est grand temps d’envoyer au musée des stupidités ces opinions anti-marxistes qui substituent à l’analyse de classe l’interprétation naïve de quelques apparences ! Il est grand temps que les travailleurs ukrainiens s’émancipent des illusions nationalistes et de ses représentants corrompus du Parti communiste ukrainien et des syndicats, pour construire une entité de classe indépendante, combative et révolutionnaire ! 

Publié dans Combat n°35 ETE 2014