Le conflit oppose, d’une part le pouvoir d’Etat de Morales, soutenu par le peuple, et d’autre part, plusieurs gouverneurs provinciaux soutenus par les gros propriétaires terriens. Ces affrontements font suite aux avancées sociales que le nouveau régime a réalisés (réforme agraire limitant la taille des propriétés, et redistribuant les terres aux indiens; impôt sur les sociétés privées d’hydrocarbures, permettant de financer les retraites).

Evo Morales, ancien chef du MAS (mouvement vers le socialisme), le parti progressiste représentant les petits producteurs indiens de coca (plante utilisé pour la fabrication de la cocaïne, mais également brute dans les coutumes et rites indiens locaux), était arrivé au pouvoir par les élections suite à une situation pré-révolutionnaire, où la lutte entre les classes frôlait la guerre civile.

Représentant, en quelque sorte la dernière carte « gauche » de la bourgeoisie bolivienne, Morales était donc un président prit entre deux feux. D’un côté, des classes populaires ayant acquis une formidable expérience de lutte avec notamment le puissant syndicat ouvrier de la COB (centrale ouvrière bolivienne), et de l’autre, une bourgeoisie nationale et internationale désireuse de le voir rétablir l’ordre, pour pouvoir profiter sans risque des importantes ressources énergétiques que compte le pays. Pris entre les promesses contradictoires qu’il avait tenu auprès du peuple bolivien (nationalisations), comme auprès des impérialistes (respect du libéralisme) ; Evo Morales avait donc une position délicate. Il nationalisa les ressources énergiques (les sols uniquement), tout en se précipitant pour garantir aux impérialistes la maîtrise de leurs infrastructures (notamment françaises, Total étant présente dans le pays).

Mais lorsque Morales s’évertua à tenir une partie des engagement qu’il avait pris auprès du peuple, en renégociant les conditions d’exploitation des ressources énergétiques du pays (ce qui permit à l’Etat bolivien, de faire passer ses rentrés de 300 millions en 2005 à 1,6 milliard en 2007) , en projetant de redistribuer 16 millions d’hectares de terre aux petits paysans (Jusqu’ici 7% des propriétaires possèdent 87% des terres cultivables), en prévoyant un minimum vieillesse et en luttant contre l’analphabétisme ( grâce aux instructeurs que le régime socialiste cubain a envoyé), ce sont tous les exploiteurs du pays, capitalistes et gros propriétaires terriens, qui manifestèrent avec violence leurs volontés réactionnaires. Ces derniers, soutenus par des gouverneurs locaux réclamant l’autonomie et par les USA, organisent à l’aide de miliciens fascisants une véritable guerre civile. Cet hypocrite d’Etat américain, pourtant coutumier du soutien aux régimes mafieux va jusqu’à accuser le régime bolivien de narcotrafic ! Il fomente un début de guerre civile, de putsch, qui n’est pas sans rappeler ce qu’il a fait dans le passé au Chili d’Allende ou au Guatemala de Guzman. Heureusement, on peut saluer l’élan de solidarité entre pays « progressistes » sud-américains, Morales étant soutenu par l’Argentine, le Brésil, l’Equateur, le Pérou, mais surtout par le dirigeant vénézuélien Chavez, qui s’est exprimé de manière non hypocrite, demandant aux « yankees de merde » de « dégager » ! Il a renvoyé l’ambassadeur des USA à Caracas et a affirmé vouloir soutenir militairement la Bolivie si nécessaire.

Ces événements mettent en lumière l’incompatibilité qui existe entre les volontés progressistes, aussi modestes soient-elles, et les intérêts des bourgeoisies locales et mondiales. C’est pourquoi, si nous appelons à soutenir la résistance anti-impérialiste de dirigeants tel que Morales et Chavez, nous affirmons aussi que la population de Bolivie et d’ailleurs, n’ont absolument aucun miracle à attendre de dirigeants qui n’ont pas vocation à édifier une société socialiste. Les peuples, ouvriers et paysans, doivent donc se préparer pour un mouvement révolutionnaire d’ampleur !

Le socialisme dépend de l’expropriation violente de la bourgeoisie, il dépend de la victoire révolutionnaire du peuple sur l’exploiteur !

Publié dans Combat n°3 Octobre 2008