Le Black Panther Party est créé en 1966 par Huey P. Newton et Bobby Seale. Dans un contexte particulier, puisque les USA, devenus première puissance mondiale et connaissant alors un développement économique majeur, sont présentés comme un modèle au monde, mais continuent à pratiquer la ségrégation raciale. Ce racisme d’Etat, le climat de paranoïa anticommuniste (Maccarthysme) ainsi que plus tard la guerre du Vietnam, donnent naissance à de grands mouvements de contestation, à des vagues d’émeutes. Alors que la plupart des organisations du mouvement d’émancipation des noirs s’intègrent au jeu des pouvoirs ou, au contraire, se sectarisent en ne voulant pas dépasser le cadre de la défense d’intérêts communautaires, le Black Panthers Party se revendique organisation afro américaine, marxiste et révolutionnaire. Héritiers théoriques de Malcom X et de Frantz Fanon (marxiste-léniniste antillais, membre du FLN algérien), ils pensent que les blacks, en particulier ceux des ghettos, notamment les petits voyous et les dealers, une fois politisés, formeront l’avant-garde révolutionnaire. Ils se lient aux organisations et aux révolutionnaires blancs, latinos… et avancent fraternellement, mêlant la défense de leur intérêt propre à une vision et un discours universaliste.

Le BPP est également et surtout, un parti basé sur l’action concrète. Ils parviennent, alors qu’aucun autre mouvement n’y arrive et qu’ils ne comptent à la base que quelques dizaines de membres à Oakland, à tisser un vaste réseau de sympathie et à recruter massivement dans les ghettos de plusieurs grandes villes américaines. Ils y créent dans un premier temps des milices d’autodéfense des noirs qui contrôlent et défient la police, afin d’éviter les bavures. Ils y organisent également des distributions de petits déjeuners gratuits aux enfants, ils y promeuvent une culture noire subversive et politisent massivement la jeunesse noire révoltée. Utilisant un discours marxiste virulent qui appelait avec des mots de la rue et des discours provocateurs à la révolution prolétarienne, à des actions concrètes, sociales et humanitaires, le BPP connaît un succès grandissant, comptant jusqu’à plusieurs centaines de membres, écoulant leur journal à presque 140 000 exemplaires par semaine en 1970. Soutenu et lié aux mouvements ouvriers, populaires et anti-guerre, soutenu aussi par la Chine de Mao Tsé Toung, Cuba et le FLN algérien, le BPP devient l’organisation phare de la jeunesse noire des quartiers, crée des émules hors de la communauté noire, et commence à représenter un véritable danger pour l’état impérialiste Américain. Il compte ses propres médecins, avocats, imprimeries… Le FBI va alors s’occuper de son cas, d’abord par le sabotage d’imprimeries du parti, puis par l’emprisonnement, l’assassinat. Il va appuyer certaines dissensions théoriques, envoyer de faux courriers, qui vont aboutir à une scission. Alors que de nombreux cadres Blacks Panthers sont en exil à Cuba ou en Algérie, une frange du BPP va s’endormir sur ces acquis et développer des tendances droitières (toute mesure gardée), tandis qu’une autre, la Black Liberation  Army, va devenir la branche clandestine du parti, avant de disparaître suite à une répression acharnée. Affaibli, le parti ne peut éviter la dépolitisation de la jeunesse noire dans les années 80, et il s’éteindra avec la fermeture d’une école qu’il a créée à Oakland en 1982.

Le BPP a été un parti de défense du peuple noir victime d’une oppression spécifique alors aux USA, qui a su dépasser le cadre d’une défense d’intérêts communautaires, en défendant les valeurs internationalistes. Il a su concilier le travail avec les révoltés issus du lumpen prolétariat, avec les mots d’ordre de révolution ouvrière et le soutien aux mouvements contestataires et de travailleurs. Il a politisé et formé un grand nombre de « voyous », réalisé un travail culturel et social exemplaire et a représenté une réelle lueur d’espoir dans le paysage si sombre des ghettos. Aujourd’hui, alors que les droits des noirs sont reconnus, que la population noire et blanche est autant opprimée par la bourgeoisie noire comme blanche, surtout en cette période particulière ou les USA viennent d’élire pour la première fois un métis à la Maison Blanche, et qu’un Etat noir n’a aucune raison d’être, l’expérience des Blacks Panthers est pourtant plus que jamais d’actualité. Eux qui se déclaraient ennemis d’un noir bourgeois, ils l’auraient évidemment été d’Obama. Et surtout, ils surent garder conscience que la lutte noire était transitoire, en plaçant avant tout des mots d’ordre de fraternité entre les peuples, internationalistes. Ce Parti représente, malgré ses erreurs et sa fin tragique, un exemple pour le parti ouvrier d’aujourd’hui. Les communistes doivent comprendre l’importance du travail culturel et social, la nécessité de politiser le lumpen prolétariat et surtout de ne pas de le rejeter, la nécessité d’avoir ses organisations d’autodéfense. Ce discours est valable partout : pour exemple, ici en France on assiste à des crises dans les banlieues, où le PCF a abandonné tout travail politique. Nous devons aller vers ces banlieues, politiser les révoltés et y créer de nouvelles structures sociales, une nouvelle forme de démocratie combattante en marge du pouvoir en place. Que l’exemple des Black Panthers inspire nos actions, en vue d’une révolution victorieuse !

KOMA

Publié dans Combat n°4 Novembre 2008