Le mouvement est d’autant plus suivi qu’elles touchent la population dans son ensemble ; ainsi le pays s’est retrouvé totalement paralysé à plusieurs reprises.

Les salariés du privé comme du public, les étudiants, les retraités expriment leurs colères. Habituée aux réformes antisociales depuis plus de 20 ans, la classe ouvrière grecque subi une attaque généralisée : report de l’âge de la retraite à 63 ans, gel des embauches et réduction des salaires dans la fonction publique, transfert de dépenses sociales aux collectivités locales, augmentation des impôts indirects, suppression de diverses allocations.

« Nous devons tous perdre de notre confort » nous explique le Premier ministre Papandréou, tout en faisant appel au sentiment patriotique de la population afin d’accepter sagement la baisse de leur niveau de vie et de briser toute contestation. De quel confort parle t’il quand le chômage atteint les 18%, dans un pays où six retraités sur 10 touchent moins de 600 euros et 3 sur 10 moins de 450 euros ? Le pouvoir d’achat est déjà inférieur de 20 % à la moyenne européenne et 250 000 ouvriers reçoivent un salaire de 740 euros.

Apres avoir socialisé les pertes privées à la fin de l’année 2008 en empruntant à taux prohibitif 28 milliards d’euros distribués gracieusement aux banques, la bourgeoisie exige la paupérisation générale de la population grecque. Les attaques spéculatives orchestrées par les banques via les agences de notation sur les marchés financiers menacent la Grèce comme une simple entreprise, en la privant de financement et la menaçant de faillite. Arguant, chiffres à l’appui, que le déficit de la Grèce est catastrophique, les marchés exigent qu’elle se procure immédiatement l’argent nécessaire pour garantir ses remboursements obligataires. Or personne ne respecte les règles que ces capitalistes ont eux-mêmes fixées. Ni la France, ni l’Allemagne et moins encore les Etats-Unis ou le Japon ne peuvent se targuer d’afficher de meilleur score. Bien au contraire ! Le problème ce n’est pas le déficit, ou tout autre chiffre effrayant, mais la dette, c’est à dire les obligations d’état. Ce sont des produits financiers à la manière d’une action d’une entreprise classique que l’on achète, échange ou vend selon la conjoncture. Sur ces marchés l’anarchie règne, les mêmes causes n’ont pas les mêmes effets et le réel n’a pas de prise. Ainsi la Grèce emprunte à un taux supérieur à celui du Vietnam et son risque de faillite est estimé 4 fois supérieur à celui du Maroc. Mais un Etat n’est pas une entreprise, il ne s’absorbe pas de la même façon. Prisonnière du carcan libéral de la zone euro, la Grèce se retrouve privée de moyens de réponse classiques. Cette Europe économique, dont le seul but est la monnaie unique et le marché commun, a ouvert son club à des pays dont le niveau de développement -s’il favorise les échanges et la production à bas coût pour les capitalistes européens- interdit l’unité sociale et toute politique monétaire, industrielle, agricole, commerciale ou budgétaire indépendante des intérêts des bourgeoisies allemande et française qui gouvernent à Bruxelles. Les succès des emprunts à taux prohibitif lancé par Athènes prouve que le marché lui-même ne croit pas au risque de faillite du pays (3 milliards d’euros espérés, 25 milliards de demandes, 8 milliards finalement servis puis 5 milliards levés pour 15 demandés). Ils se goinfrent !

«La ploutocratie doit payer pour la crise» tel est le mot d’ordre des manifestants impulsé par le Parti Communiste Grec (KKE), fer de lance du mouvement. Face aux deux organisations syndicales corrompues du pays (GSEE, pour le secteur privé et ADEDY pour le public) le syndicat PAME, lié au KKE, se pose comme opposition de classe aux politiques des gouvernements de droite et de gauche successifs. Une fois cette frontière déclarée, le KKE revendique dans sa propagande et son agitation la nationalisation de toutes les banques sans indemnité, la « renationalisation » des entreprises privatisées, l’augmentation de 45% du taux d’imposition des profits, l’augmentation des salaires, etc. Parallèlement, il entraîne la population dans une lutte défensive perdue d’avance. Ce ne sont certainement pas des petites grèves de 24h éparpillées qui vont empêcher quoi que ce soit ! Encore moins céder à l’une de ces revendications. L’adversaire est déterminé, le recul de la lutte, du syndicalisme et du combat politique en Grèce (comme ailleurs) lui laisse les mains libres.

Ceux qui pensent pouvoir affaiblir ou contraindre -de quelque façon que ce soit- la bourgeoisie ou les marchés financiers, se fourrent le doigt dans l’œil. Comment le KKE compte-t-il arriver à ses fins ? Espère-t-il que la bourgeoisie grecque et internationale se tire une balle dans le pied ? Seule la question de la prise du pouvoir permet la lutte de classe. Si le KKE accepte la « confrontation totale avec la bourgeoisie » il doit se préparer à la confrontation brutale.

Seule l’organisation déterminée et impitoyable des travailleurs grecs imposera ses choix.

La puissance est entre nos mains, le monde de demain nous appartient.

NEYA

Publié dans Combat n°12 Avril 2010