Un peu d’histoire :

Surgi en 1920 par la volonté des occidentaux lors du démantèlement de l’empire ottoman, l’Irak  fut -successivement- colonie sous mandat britannique, royaume indépendant en 1932 avec l’arrivée au pouvoir du roi Fayçal II. Puis, à la suite de son assassinat en 1958, le pays devient une république laïque entouré par des systèmes féodaux aux frontières artificielles. Il regroupe des populations aux cultures et intérêts opposés, mais savamment mises au pas depuis 1979 par le régime autoritaire de Saddam Hussein et le parti Baas.

Le retrait des troupes américaines d’Irak et leur redéploiement partiel en Afghanistan vient clore le volet militaire de l’intervention impérialiste dans le pays le plus développé de la région jusqu’à la fin du 20ème siècle, aujourd’hui à genoux et meurtri par huit années guerre.  Les pertes civiles sont estimées -les chiffres précis sont  jalousement tenues secrètes- entre 120 mille et 1 million.

Le coût économique de cette invasion se chiffre -encore sur la base d’estimations- à 3000 milliards de dollars injectés par les seuls USA et auxquels il faut ajouter un montant équivalent supporté par le reste du monde, notamment par les pays de la coalition. Pour la première fois, les USA financent une guerre non pas par une augmentation des impôts, mais par des emprunts, ce qui équivaut à dire que ces dépenses seront supportées par les futures générations. A ces sommes s’ajouteront les pensions d’invalidité que l’Etat devra accorder à ses soldats blessés. C’est peu dire que les USA attendent avec impatience le moment où ils pourront commencer à rentrer dans leurs frais.

Ces chiffres vertigineuses donnent, non seulement un aperçu de l’infernale machine de guerre qui s’est abattue sur le peuple irakien, mais éclairent sur l’importance des enjeux que la motivèrent.

L’Irak possède la deuxième réserve du pétrole mondial. Et l’économie capitaliste, dans sa course effrénée au profit, entretient avec cette ressource énergétique des rapports de dépendance croissants. En 2005, les USA avaient besoin de 400 kg d’équivalant charbon pour produire 1000 dollars de PIB.

Cette consommation d’énergie croît de 1,3% par an, un rythme qui -au moins- se maintiendra dans les vingt années à venir. En même temps, la totalité des réserves mondiales s’élèvent actuellement à 138 milliards de tonnes. Or, si les réserves mondiales de pétrole ont augmenté de 50% en vingt ans grâce -notamment- à l’Amérique du Sud et au Moyen Orient, celles des Etats-Unis et d’Europe Occidentale seront pratiquement épuisées dans le courant de cette décennie. Celles d’Europe Orientale le seront au cours des années 2020 / 2030. Et, en 2050, seules subsisteront celles du Moyen Orient.

D’autre part, en 2001 la consommation annuelle de pétrole était de 3,5 milliard de tonnes. Elle passera à 5,5 milliards de tonnes en 2020.

Le système capitaliste est donc irrigué par un pétrole vital pour son fonctionnement et pour sa croissance aberrante. Par ailleurs, ce pétrole représente une manne fiscale indispensable aux Etats européens prenant prétexte des économies d’énergie et de la lutte contre la pollution pour s’approprier des marges usuraires. On peut donc dire que les conséquences financières -pour l’économie nord-américaine en particulier et occidentale en général- sont énormes du fait du monopole moyen oriental. Monopole sur une denrée rare et vitale et -qui plus est- située dans une région à haut risque géopolitique.

Bush fils énonçait les véritables enjeux et définissait sa stratégie au Moyen Orient : « Les trois récessions connues furent liées à un choc énergétique et je ferai de la sécurité énergétique une priorité de ma politique étrangère ». Et encore : « Augmenter l’offre d’énergie, maintenir un prix bas, affirmer le lien entre croissance économique et croissance de la consommation énergétique ».

Cette stratégie mise en pratique, suffit à expliquer la guerre en Irak : lever un obstacle majeur à l’occupation de facto des réserves pétrolières du Moyen Orient.

Ainsi, du coup, les objectifs politiques d’Israël dans la région rejoignaient ceux -géostratégiques- des USA.

A cet égard, (la concordance des intérêts israélo-américains) un autre élément -et non de moins importants- est à mettre en avant pour comprendre les visées impérialistes étasuniennes : plus d’un milliard de tonnes de pétrole alimentant les pays occidentaux et, en particulier l’économie des USA, sont exportées annuellement du Golfe Persique, c'est-à-dire que quarante super tankers acheminent quotidiennement 1 million de tonnes à travers le détroit d’Ormuz. Très vulnérable militairement, le détroit d’Ormuz est à portée immédiate de l’Iran… A elle seule, cette enclave, vitale pour les occidentaux, suffirait à comprendre les visées globales nord-américaines : s’approprier de celle-ci, afin de préserver les intérêts de ses bailleurs de fonds, fait partie de ses priorités. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir y accroître la mainmise occidentale ni à s’investir dans cette aventure. La France a conclu un accord avec les Emirats Arabes Unis pour construire une base navale à l’entrée du détroit…

L’administration Obama retire donc ses troupes d’Irak après avoir saigné le peuple, anéanti les infrastructures  du pays, (la reconstruction demandera plusieurs décennies et le coût est estimé à plus de 600 milliards de dollars) ; après avoir désintégré l’appareil d’Etat, exacerbé les conflits inter religieux pariant sur la suprématie démographique chiite, elle prend le risque de provoquer l’éclatement de l’Irak et la soumission forcée de la minorité sunnite.

Alors que ses forces armées cèdent la place aux mercenaires, elle livre aux appétits des multinationales un Irak avec des structures institutionnelles fantoches, édifiées à l’ombre des baïonnettes des GI…

Publié dans Combat n°16 Novembre 2010