L’opposition ultra libérale -bien qu’absente de l’assemblée nationale jusqu’à présent- n’a, pour autant, pas cessé d’exister et d’être puissamment active dans la lutte de classes.

Quid du « processus bolivarien » ? La « révolution » s’arrêtera-t-elle avec une défaite électorale ? Ou commencera-t-elle avec la transition vers le socialisme, le vrai, pas celui du XXIème siècle ou de la saint Glinglin ? Et pour finir, en quoi le PSUV se distingue-t-il des partis bourgeois ?

Depuis son arrivé au pouvoir, Chavez a utilisé la rente pétrolière pour mener à bien des programmes sociaux d’envergure avec des résultats impressionnants dans les domaines de la santé, de l’éducation et du social, mais il a également développé les secteurs capitalistes qui profitent largement du système monétaire mis en place et récupèrent -in fine- l’argent redistribué aux pauvres via les banques et grâce à la mainmise sur le commerce intérieur et extérieur, notamment l’agro-alimentaire. Mêmes résultats en ce qui concerne les nationalisations : si elles ont  permis la sauvegarde  de nombreux emplois,  elles ont surtout  bénéficié aux multinationales,

leur permettant de revendre au prix le plus élevé possible leurs entreprises en pleine crise, le tout dans un contexte économique mondial qui leur était défavorable. Il faudra d’importants investissements pour les remettre sur pied. Du coup, et malgré les nombreuses nationalisations, le secteur privé a connu une croissance de 39% en 2006 et les capitalistes sont loin de vouloir fuir le pays. Au contraire, ils s’affirment et s’organisent d’autant plus qu’ils craignent la lutte de classes exacerbée par la montée des masses populaires.

Si Chavez représente pour les impérialistes un obstacle à l’instauration d’une politique libérale, aujourd’hui ce sont bel et bien les travailleurs en lutte que l’on assassine et les attentats qui se multiplient dans un climat de totale impunité et on assiste, bien au contraire, à une explosion des procès contre les travailleurs en lutte. Les groupes paramilitaires se développent également, sans que rien ne s’y oppose. Ceux qui détiennent le pouvoir au Venezuela sont ceux qui contrôlent les moyens de production; or, ce ne sont ni Chavez, ni les travailleurs.

Pour que cela change, il faudra nécessairement transformer la nature de cet Etat progressiste bourgeois en un Etat ouvrier contrôlé par les travailleurs organisés. Chavez reste un moindre mal pour les capitalistes devant cette menace car, bien que tourné vers les plus pauvres, il reste un administrateur de l’Etat bourgeois. Il ne pourra pas continuer éternellement à protéger les profits de la classe capitaliste tout en manœuvrant le prolétariat, car les intérêts de ces deux classes sont complètement antagonistes. Il cherche à confondre le mouvement avec son parti, le PSUV et à concilier les classes au sein de son organisation. Ceci est la négation même de la lutte des classes et du marxisme. L’histoire enseigne pourtant, de bout en bout, que l’on ne peut servir deux maîtres à la fois.

Le processus historique qui conduira au socialisme sera mené par l’organisation du prolétariat qui ne fera pas l’économie d’un véritable programme révolutionnaire. Un processus où la population mènera ses propres batailles, se défendra avec ses propres organisations et remplacera la machine d’Etat par ses propres institutions. Elle ne peut -en aucun cas- confier ces taches à la bourgeoisie. On voit clairement au Venezuela comment, dans le cadre de l’Etat bourgeois, les nationalisations et le contrôle ouvrier prennent un tout autre sens : celui de la « cogestion » c’est à dire de la collaboration entre l’Etat bourgeois et les travailleurs. L’Etat ramène dans son giron les travailleurs en atomisant ses organisations, notamment syndicales.

Ce qui fait peur au pouvoir bourgeois endogène et à l’impérialisme c’est que la lutte des classes parvienne à mettre sur pied un contre-pouvoir prolétarien indépendant de la bourgeoisie que la lutte mènera à la victoire totale, ou que la contre révolution exterminera.

En l’absence d’un parti ouvrier de masse, les révolutionnaires marxistes ne doivent pas pour autant balayer d’un revers de la main les luttes en cours au Venezuela ni se corrompre au sein du PSUV. Agir sur le mouvement n’implique aucune concession envers les partis bourgeois quels que soient les conditions objectives ou subjectives du mouvement. Nous gardons notre identité de militants communistes sans abandonner la lutte, nous marchons avec le mouvement en défendant notre perspective socialiste, inconciliable avec les illusions électoralistes et  réformistes.

NEYA

Publié dans Combat n°16 Novembre 2010