"Il y a des opérations spéciales non violentes qui permettent tout simplement de prendre la personne indésirable et de l'emmener ailleurs." Alassane Ouattara

L’épilogue « démocratique » tant espéré par les puissances impérialistes française et américaine, tourne à la farce comme bien souvent avec les institutions bourgeoises. L’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, si souvent repoussée, devait mettre un terme à la crise ouverte par la rébellion militaire de 2002 qui scinda le pays en 2. La moitié Nord est contrôlée par des « comzone » ou commandants de zone ; ce sont des officiers rebelles au gouvernement Gbagbo et devenus des petits chefs de fief. Un premier accord avait entériné le statu quo, le découpage du pays et le partage des institutions avec Gbagbo comme président et Guillaume Soro, chef politique des rebelles, comme Premier ministre. Les Ivoiriens ont donc été appelés à voter en masse pour consacrer l’événement électoral destiné à réunifier le pays.

Premier candidat, président en titre depuis 2000, Laurent Gbagbo, un digne successeur des Houphouët-Boigny et Bédié dont il adapte les systèmes de domination autocratique. Il s’assure de la fidélité d’une partie de l’armée, place ses proches dans les secteurs clefs de l’économie. Malgré sa carte du club des « Socialistes » Gbagbo réprime systématiquement toutes les oppositions. Ses arguments populistes de défense de la souveraineté nationale et le développement du concept « d’Ivoirité » sont des postures de façade afin de berner le peuple.

Deuxième candidat, le président déchu, Henri Konan Bédié. En tant que président de l’Assemblée Nationale, il assure l’intérim à la mort d’Houphouët-Boigny en 1993 juste le temps de se faire élire en 1995. Il sera chassé par un coup d’état militaire en 1999.

Enfin, troisième candidat, le champion occidental, Alassane Ouattara. Il fut directeur du département Afrique et conseiller du directeur général du FMI, puis gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest avant d’être appelé comme premier ministre par Houphouët-Boigny pour mettre en place des sévères mesures d’austérité en 1990. A la mort de celui-ci, il quitte ses fonctions et retrouve le FMI. Il ne se présentera pas à l’élection de 1995 faute de soutien suffisant.

Ces hommes ont donc tous déjà été au pouvoir. Ils ont tous mis en place -ou suivi- les politiques d’ajustements structurelles du FMI et de la Banque Mondiale. Grâce à eux, près de la moitié des ivoiriens vivent sous le seuil de pauvreté, contre 10% il y a 10 ans. Leur différence idéologique ne dépend que des rôles que leur font jouer leurs appuis respectifs. Leur programme économique et social est le même : livrer les richesses du pays au plus offrant, tout en maintenant une main d’œuvre pauvre et docile. Les anciens Etats coloniaux n’ont plus le monopole du commerce extérieur et de l’aménagement des territoires. Le marché africain s’est ouvert au monde entier depuis une dizaine d’années et les multinationales sont en concurrence féroce pour s’accaparer une part du gâteau.

Le potentiel ivoirien est énorme ! Le pays, grâce à ses ressources, sa position stratégique et ses ports, tient une place économique importante sur le continent. Les intérêts des grands groupes français sont historiquement importants dans l’ancienne colonie. Ils aiguisent à juste titres les appétits des entreprises américaines, chinoises et russes. Après la gestion coloniale, après les luttes armées des chefs de guerre corrompus, les puissances impérialistes internationales tentent de présenter son ingérence dans les politiques intérieures africaines sous un profil plus présentable. Celui des modèles « démocratiques » occidentaux du suffrage universel et du multipartisme. D’ailleurs, la Banque Mondiale avait lié l’effacement de trois milliards de dollars de dette extérieure (évaluée au total à 12,5 milliards de dollars) à la tenue d'une élection présidentielle.

Mais la population n’attend rien de ces élections. Malgré le taux de participation élevé et les événements du second tour, pour l’immense majorité des ivoiriens Ouattara ou Gbagbo c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Ils subiront les mêmes réformes libérales et erronées du FMI et de la Banque Mondiale. Aujourd’hui, Ouattara -malgré le soutien des forces militaires rebelles du Nord, de l’aide et la reconnaissance de la communauté occidentale- en est réduit à demander l’intervention de la CEDEAO (la Communauté Economique des Etats D’Afrique de l’Ouest) via l’ONU, son bras armée, pour prendre le pouvoir. Gbagbo a l’avantage d’être installé confortablement et d’avoir calmé les forces armées rebelles grâce à des avantages et le contrôle de la partie Nord du pays. Le partage du pays entre 2 bandes armées n’a jamais empêché les affaires, bien au contraire pour certains chefs rebelles. Gbagbo sait surtout qu’il peut trouver de nouveaux partenaires commerciaux en Chine ou en Russie. Il n’y a pas de place pour la population dans cette mascarade.

La Cote d’Ivoire est un territoire de peuplement ancien et de migration importante et continue. Si bien, qu’elle présente un visage multiethnique et pluriconfessionnel unifié. Les hommes sont toujours venus dans cette région du monde en quête de terres cultivables et riches, de commerce ou de travail dans les entreprises autour des ports. Ici, personne ne verra sa vie changer d’un iota quel que soit le résultat de ces élections. Les appels à la grève générale lancés en l’air par Ouattara sont retombés lourdement. La population est, malheureusement, une victime passive de cette crise politique. Non pas qu’elle doit prendre parti pour l’un des deux candidats, mais elle est aphone et informe. Sans direction, sans force.

L’Etat policier et le pouvoir militaire aux mains de petites cliques bourgeoises nationales ont soigneusement et méthodiquement étouffé toutes les possibilités d’organisation indépendante représentant le peuple et les travailleurs. Le système capitaliste mondialisé tient la Cote d’Ivoire entre ses griffes. Là-bas, sa poigne de fer se fait sentir beaucoup plus fortement encore. La population ne peut compter que sur elle-même, subissant à la fois les exactions des uns ou des autres de ses dirigeants et les coups de butoir du FMI avec ses « lois de la finance internationale ».

Pour le peuple, seule son organisation en tant que classe pour prendre le pouvoir est capable de défendre l’intérêt général en Côte d’Ivoire. Pour cela, les taches du prolétariat ivoirien sont énormes. Mais pour supprimer cette misère, le peuple doit se prendre en main, se donner la force de balayer les pantins Gbagbo, Ouattara et Cie.

Les Ivoiriens ont assurément les ressources pour faire autre chose de ce pays. Il va falloir pour cela s’organiser chez les travailleurs, dans les quartiers et les campagnes. Pour s’affranchir des diktats du FMI et de la Banque Mondiale. Pour ne plus subir les jeux de pouvoir des cliques de la bourgeoisie nationale et internationale.

NEYA

Publié dans Combat n°18 Janvier/Février 2011