Le peuple algérien doit reconquérir le pouvoir !

En Algérie des manifestations et des émeutes se sont multipliées depuis le 5 janvier, jour où, suite à l’augmentation des prix, la colère populaire a explosé à Alger. Le pouvoir d’Etat algérien et son vieillissant chef, Bouteflika, sont responsables d’une situation sociale inacceptable.

Depuis la victoire de la guerre révolutionnaire d’indépendance, en 1962 et une maladroite période de progrès socialistes jusqu'à la fin des années soixante-dix, l’Algérie, malgré des ressources naturelles importantes, n’a cessé de s’enfoncer dans la voie anarchique du capitalisme. Face à la victoire électorale des islamistes du FIS en 1992, l’Etat algérien contrôlé par un FLN désormais totalement dévoyé de ses aspirations socialistes originelles, proclame l’Etat d’urgence. Il s’en suit plusieurs années de guerre civile visant à réprimer les fanatiques islamistes. Pourtant, aujourd’hui encore, l’Etat d’urgence reste en vigueur et le pouvoir algérien, bourgeois et autoritaire, n’a pas la moindre solution sociale à offrir à son peuple.

En effet, le taux de chômage, officiellement à 10%, dépasse de fait les 60% pour les actifs de moins de trente ans. Le peuple algérien se voit donc condamné au système D, et subit de plein fouet les aléas de l’économie de marché. En matière d’emploi, les marchés demandeurs de main d’œuvre sont de plus en plus souvent donnés aux puissances étrangères, notamment aux entreprises chinoises. Le jeu de la spéculation et les manœuvres des grossistes se répercutent brutalement sur les prix des produits de première nécessité; tout cela a durci les conditions de survie du peuple algérien. Dans cette situation sociale, le gouvernement algérien corrompu, qui s’engraisse grâce aux ressources du pays et se vante de posséder 150 milliards de dollars de réserve, ne peut que susciter la colère populaire. Suite aux émeutes, le pouvoir algérien a dû déjà offrir des garanties pour limiter l’inflation des prix. Mais le peuple ne désarme pas et la répression d’Etat a causé de nombreuses victimes. Et le 22 janvier, le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) a organisé une manifestation pour exiger la levée de l’état d’urgence, manière de revendiquer le droit du peuple à reprendre son destin en main. Mais « les libertés ne se demandent pas, elles se prennent », comme disait à juste titre Lénine et c’est seulement en créant ses organisations de combat que le peuple algérien arrachera la maîtrise de son avenir !

Egypte : La révolte populaire face à l’Etat Moubarak.

Galvanisée par la victoire partielle du peuple tunisien parvenant à mettre en fuite Ben Ali, la révolte populaire a éclaté dans les grandes villes d’Egypte, telles que Le Caire, Suez et Alexandrie.

Moubarak, le président de l’Egypte, qui à l’aide d’élections truquées est pourtant censé avoir été réélu avec plus de 80% des voix, est en effet très impopulaire. Il est l’héritier et le représentant de la soumission de l’Etat égyptien à l’impérialisme, et aux dictats d’Israël et des Etats-Unis. Depuis l’époque où Nasser, dans les années cinquante et soixante, avait su tenir tête aux puissances impérialistes et mener une politique de progrès social, l’Egypte, suite notamment à deux échecs militaires face à Israël, est soumis aux grandes puissances capitalistes. En 1979, l’Etat égyptien est le premier pays arabe à signer la paix avec Israël (seule la Jordanie suivra cet exemple dans les années 90) et il entreprend des politiques de libéralisation dans les années 80 et 90 qui dégradent sensiblement les conditions de vie du peuple égyptien. Le chômage s’est développé à plus de 10%, les salaires ont chuté de 25% de leur valeur réelle et 48% de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté.

Dans ces conditions, Moubarak, dont un de ses fils est compromis dans la corruption libérale et l’autre -jeune loup politique du parti au pouvoir, le Parti National Démocratique, est pressenti pour prendre la succession de son père- ne peut qu’être légitimement haï par le peuple, qui exige aujourd’hui son départ.

Depuis cette fin janvier 2011, le mouvement de révolte du peuple égyptien, a pris une réelle ampleur. Les manifestants ont incendié le siège du parti au pouvoir, des milliers de prisonniers se sont révoltés et sont parvenus à s’évader et les affrontements avec la police ont déjà causé plus d’une centaine de morts.

Face à une mobilisation de plus en plus difficile à contrôler, le pouvoir de Moubarak a coupé les communications internet, a décrété un couvre-feu et a limogé son gouvernement pour s’entourer d’hommes des milieux militaires. Moubarak a ainsi nommé le général Ahmed Chafik au poste de Premier Ministre et l’ancien chef des services de renseignements, Omar Suleyman, au poste (recréé pour la circonstance) de vice-président. A l’heure où nous écrivons, nul ne peut prédire quelle sera l’attitude des militaires. Vont-ils soutenir Moubarak contre le peuple ?

Car la révolte déterminée des classes populaires, a deux obstacles majeurs pour pouvoir espérer une issue favorable au conflit. Premièrement, l’Etat égyptien est un allié stratégique important pour les puissances impérialistes, qui au fond, avec ou sans Moubarak, défendront l’ordre actuel des choses. Deuxièmement, le peuple égyptien est dépourvu d’organisations politiques capables d’ouvrir la route à un pouvoir révolutionnaire ou de porter et d’imposer des revendications sociales significatives. En effet, la principale force d’opposition n’est autre que les Frères Musulmans, une vieille organisation islamiste historiquement des plus réactionnaires (notamment alliée aux nazis pendant la seconde guerre mondiale). Les Frères Musulmans, à la tête d’une « coalition pour le changement », tentent d’instrumentaliser une figure isolée de l’opposition, Mohamed El-Baradai, (ancien chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique) le poussant à négocier avec le pouvoir. Quelle que soit la suite donnée à sa mobilisation, le peuple égyptien doit donc, impérativement, tirer les leçons de son expérience, pour préparer les armes politiques qui demain lui permettront d’envisager le meilleur.

Publié dans Combat n°18 Janvier/Février 2011