Depuis notre dernier article, la situation à évolué et nous a donné pleinement raison. Les insurgés monarchistes ont obtenu des puissances impérialistes, une intervention militaire visant à bombarder lâchement les forces et les structures militaires de Kadhafi, avec comme d'habitude leur lot "d'erreurs" et de "dégâts collatéraux" contre les civils (des centaines de tués sont déjà à déplorer). Cette guerre impérialiste fut déclenchée sous couvert de l'ONU, pour soi-disant instituer "une zone d'exclusion aérienne" et pratiquement toute la classe politique, le PS et Mélenchon inclus, ont soutenu cette initiative. Quant à la partie la plus stupide de l'extrême-gauche, qui avait cru voir une révolte exemplaire du peuple libyen, elle se retrouve avec l'intervention impérialiste, enlisée dans les méandres des profondes contradictions propres à l'opportunisme le plus grossier.

Mais, malgré l'aide des impérialistes, qui maintenant agissent sous le commandement de l'OTAN, les insurgés monarchistes peinent à prendre le dessus et ne demandent rien de moins que l'intervention militaire au sol des armées impérialistes. Les insurgés ont beau être composés de monarchistes et d'islamistes de tout poil, ils sont carrément prêts à livrer leur pays aux occupants impérialistes!

Les porte-parole du soulèvement ne sont rien d'autre que des opportunistes, parfois  d'ailleurs  issus du  pouvoir de  Kadhafi ; ils  sont  même  prêts à vanter les valeurs de la démocratie occidentale, pour mieux vendre leur âme au diable!

Et pourtant, malgré l'intensification des frappes des impérialistes et de l'aviation française notamment, les gigolos monarchistes n'y arrivent pas, et les forces loyales à Kadhafi tiennent bon, et parviennent même, malgré la destruction de leur armement lourd, à avoir -le plus souvent- le dessus.

En réalité, Kadhafi, qui fut indéniablement un dirigeant progressiste jusqu'aux privatisations massives des années quatre-vingt dix et deux mille, jouit encore, dans une certaine mesure, d'un certain aura parmi les classes populaires de son pays. Ayant incarné le progrès pour son peuple et représentant encore un symbole d'insoumission au dictat impérialiste, il reste capable de mobiliser des fractions combatives dans sa population. Et s’il a livré les richesses de son pays aux grands groupes capitalistes (en premier lieu le pétrole), il a eu au moins le mérite d'imposer -à l'aide de taxes- qu'une partie de celles-ci bénéficient encore au peuple libyen. C'est précisément cela que les impérialistes ne supportent pas, eux qui souhaitent voir en Lybie un pouvoir contrôlable, entièrement à leur botte, et susceptible de s'offrir, sans conditions, aux grandes entreprises capitalistes.

Alors, si le pouvoir de Kadhafi mérite effectivement d'être renversé par une authentique révolution populaire capable d'édifier un nouvel État socialiste en Lybie, il n'y a, en attendant celle-ci, pas la moindre raison pour que notre cœur de marxistes ne penche pas -face à la croisade impérialiste- en faveur de la résistance "du guide de la révolution", même s’il ne lui en reste que le nom.

A bas le soulèvement réactionnaire !

A bas l'agression des brigands impérialistes !

Publié dans Combat n°20 Avril/Mai 2011