Air France :

Quand le pouvoir condamne la « violence » syndicale…

 

Ces dernières années, la direction d’Air France, appuyée par les gouvernements successifs, impose aux travailleurs son plan d’austérité. Avec 15 000 licenciements depuis 2008 et une dégradation continuelle des conditions de travail, c’est clairement la direction d’Air France qui mène la guerre de classe à son personnel.

Et voilà qu’elle annonce, en faisant odieusement porter le chapeau aux pilotes qui avaient refusé de travailler plus pour gagner autant, une nouvelle saignée de 2 900 suppressions d’emplois ! C’est dans ce contexte qu’une petite bousculade s’est soldée par la chemise arrachée du DRH d’Air France. 

A en croire les principaux représentants de la bourgeoisie, nous vivons dans un monde parfait, dans une sorte de conte de fées démocratique où tout se règle dans la paix et la négociation… Ainsi, lorsque des camarades syndiqués osent chahuter des membres de la direction, c’est l’acharnement médiatique, politique et juridique qui s’abat sur eux ! Du Front national au PS, des journalistes aux intellectuels, pratiquement tout le petit monde des serviteurs de la bourgeoisie  est venu vomir sa haine du peuple travailleur !

Condamnant à l’unisson « ces violences inacceptables », qualifiant nos camarades de « voyous » (Valls) ou de « chienlit » (Sarkozy), la classe politique a une nouvelle fois illustré son profond mépris des salariés. Alors certes, parmi les politiciens du système, Mélenchon a fait entendre une voix discordante en soutenant publiquement les travailleurs incriminés. Mais avait-il le choix ? Non, cet opportuniste rusé, fervent défenseur de la république bourgeoise et grand admirateur de Mitterrand, ne pouvait pas faire autrement. Il ne pouvait en effet pas se couper d’une base électorale « front de gauche » largement composée de syndiqués. Et au final, sa solidarité ouvrière de façade n’a qu’un seul objectif : rabattre les travailleurs vers les urnes du système !

N’en déplaise aux illusionnistes bourgeois, nous vivons dans le monde bien réel de la dictature des riches sur le peuple. Et dans ce monde, la violence des travailleurs est non seulement légitime mais elle est surtout nécessaire. Elle répond d’abord aux innombrables violences des exploiteurs, mais elle est avant toute chose une nécessité dans la lutte des classes. Elle est, qu’on le veuille ou non, une composante essentielle dans tout rapport de force. Même lors de négociations syndicales, ce ne sont jamais les arguments qui priment, mais l’évaluation des capacités d’action et de révolte des salariés, qui fait céder -ou non- le patronat. Et en dernière instance, ne serait-ce que pour tenir un piquet de grève et a fortiori dans une révolution, c’est toujours la dure loi de l’affrontement violent qui détermine l’issue du combat ! En somme, la violence est non seulement un moyen nécessaire dans la lutte, mais elle est même la condition sine qua non à l'émancipation des travailleurs, par les travailleurs. Elle est l’arme historique du peuple contre l’arrogance des puissants. Mais elle ne doit pas rester l'expression désespérée de la colère des salariés. Elle doit être acceptée et organisée consciemment pour mener à la victoire.

Les bons démocrates à la tête de l’Etat, ceux-là même qui décident de ravager des pays entiers pour assurer les intérêts capitalistes, peuvent toujours jouer les « pacifistes consternés ». Nous connaissons leur hypocrisie ! Et tous ceux qui prêchent avec eux en faveur de la paix et de la négociation ne font que défendre la dictature des exploiteurs sur les exploités.

Publié dans Combat n°40 Automne 2015