Total : Désinvolture patronale et trahison syndicale.

 

Depuis le 12 janvier, les salariés de la raffinerie des Flandres mènent une grève déterminée contre la fermeture du site. L’usine compte 380 salariés et environ 450 sous-traitants, un grain de sable dans l’océan Total.

Les mensonges de la direction pour justifier la fermeture du site inquiètent à juste titre l’ensemble des travailleurs du secteur. Car la stratégie de Total est connue de tous : pendant que les usines françaises ferment, l’entreprise annonce plusieurs dizaines de milliards de dollars d’investissement dans les pays producteurs, au Nigeria et au Moyen Orient. Il s’agit de la simple mécanique capitaliste qui impose au groupe une telle stratégie, tourné vers la recherche du profit maximum en plaçant l’intérêt financier d’une poignée d’actionnaires au-dessus de celui des vrais producteurs : le peuple travailleur. A l’instar d’Elf, (l’entreprise publique achetée en 2000) partout où Total sévit les conséquences sont catastrophiques pour la planète et la population : soutien aux dictatures, marées noires, catastrophes chimiques, déforestation, corruption, paradis fiscaux, détournement d’embargo et d’aide alimentaire… la liste est longue. Le groupe exerce son activité dans 130 pays.

« 8 milliards pour Total, c’est comme des pertes » commentait le directeur d’une raffinerie pendant le conflit. Ce n’est pas un secret, le but avoué de toute entreprise capitaliste est de maintenir un taux de rémunération pour les actionnaires égal -voir supérieur- à l’année précédente. Or, Total a dégagé 14 milliards d’euros de bénéfice net en 2008 contre 8 milliards en 2009. L’annonce de ce résultat est vécue par la direction comme un manque à gagner. Pour garder la confiance des investisseurs, le groupe ordonne la restructuration de sa production vers des pays où la main d’œuvre coûte moins cher et les normes environnementales sont moins contraignantes. 

Les discours à propos de la surcapacité en France sont bidon et servent de prétexte auprès de l’opinion publique. En réalité, le déséquilibre entre la production mondiale et la capacité de raffinage existe depuis les années 1970 et n’a jamais empêché les multinationales du pétrole de faire des bénéfices. Aujourd’hui les États d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord regroupent sur leur territoire 40% du nombre total de raffineries dans le monde et consomment près de 50% de la production mondiale de brut. Quant à la surproduction, elle est inhérente au système capitaliste lui-même. Les considérations qui amènent Total à fermer la raffinerie de Dunkerque et à placer une corde au cou des salariés des autres sites de production ne sont pas justifiables aux yeux des travailleurs de Total. Tous sont conscients de la situation, ils ont énergiquement protesté contre la politique du groupe en rejoignant les collègues du Nord dans une grève totale le 17 février.

L’intersyndicale, et en particulier la CGT, bien que disposée à mettre la pénurie d’essence à l’ordre du jour en cas d’échec des négociations finit tête basse, rampant à reculons devant la direction nationale de Total et suspendit la grève 7 jours plus tard, promettant reprendre le mouvement en cas de confirmation des annonces de fermeture. Le 8 mars Total a, sans surprise, réitéré sa volonté de fermer l’usine avec des conditions de remplacement insuffisantes et dégradantes pour les salariés, sans parler de tous les sous-traitants laissés sur le carreau.

Les travailleurs de Dunkerque ont donc repris la grève, seuls, abandonnés par les représentants de l’intersyndicale. Le comportement de la CGT dans ce dossier est à l’image des trahisons systématiques des délégués syndicaux dans les luttes. Ils cachent leur corruption derrière un manque de vaillance, un programme réformiste et un discours légaliste. Le but de toute grève semble être atteint quand les représentants des travailleurs se retrouvent à déjeuner avec le gouvernement, le patronat et leurs potes de FO ou de la CFDT. L’union sacrée dans le défaitisme afin de soumettre les salariés à la toute-puissance de la volonté des actionnaires-propriétaires qui présentent comme implacable et nécessaire la logique capitaliste. La direction de la CGT s’est rendue, elle a abandonné la lutte pour la collaboration éhontée, trahissant son histoire, ses hommes, sa classe. Les travailleurs exigent une issue mais le gouvernement est impuissant à commander au patronat et les représentants des intérêts des travailleurs ont cessé de se battre.

Il faut les remplacer ! Comment la CGT pourrait-elle obtenir quoi que ce soit sans politique claire, sans rapport de force. Aujourd’hui au centre de l’arène elle s’engage dans une lutte à mort avec des intentions de miss France en école de commerce, à savoir : « la promotion d’un développement humain durable ».

Par son agitation inexistante ou stérile, la direction de la CGT effectue un travail de sape auprès de ses militants dans le but de les subordonner au pouvoir de l’État bourgeois. Toujours dans l’attente d’un repreneur, d’une décision de justice ou d’un conseil d’administration, elle marginalise ses éléments les plus combatifs et déterminés au profit de militants moins expérimentés et moins politisés.

Le 49ème congrès fournit un exemple -convaincant pour tout un chacun- sur l’absence de tout contrôle de l’organisation par sa base. L’opposition interne, tel le front syndical de classe, ne cherche

à rassembler que sur des valeurs unitaires et radicales la masse des mécontents.

Désirant rompre avec les orientations de la direction, elle regroupe les militants conscients que les crises successives font partie intégrante du système capitaliste et qu’il n’y a point de salut dans aucune réforme. La majorité des travailleurs le sait bien, c’est d’ailleurs pour ne pas cautionner ces politiques sans intérêt qu’ils s’abstiennent de se syndiquer ou de voter.

Malheureusement, cette opposition se révèle incapable de faire un travail politique sérieux aussi bien face à la direction de la CGT que dans sa base. Quand l’on a atteint -comme Total- un tel niveau de développement capitaliste il devient limpide pour les salariés que le pouvoir réel est détenu par les propriétaires des moyens de production, les actionnaires. Il est avéré que ceux-ci ne cherchent pas simplement des profits mais les meilleurs rendements. L’intérêt de cette classe minoritaire c’est l’appropriation du fruit du travail de la société toute entière. Ils légitiment leur pouvoir par la propriété, comme la noblesse justifiait le sien par la naissance.

Les syndicats, fruit des luttes de la classe ouvrière consciente de son intérêt propre et majoritaire, doivent être débarrassés de leur direction actuelle vendue aux intérêts de la bourgeoisie.

Les syndicats représentent le groupement de tous les travailleurs cherchant à dépasser leur condition d’esclave par la disparition du salariat.

La perspective d’émancipation définitive des travailleurs passe par l’appropriation collective des moyens de production et leur contrôle par les travailleurs associés.

Les grévistes des Flandres vont devoir reconquérir la direction politique de leur mouvement pour se rendre compte de la puissance réelle de l’organisation des travailleurs, la force de la lutte syndicale.

Publié dans Combat n°12 Avril 2010