Il faut rappeler que le thé « L’Eléphant » existe depuis 118 ans dans la région marseillaise, que le chiffre d’affaires -au niveau mondial- d’Unilever est de 39 800 000 000 € ! Les produits sont vendus dans 170 pays et il y a 264 sites de production. La multinationale se porte très bien ! Ainsi a-t-elle annoncé fin septembre avoir racheté cash Alberto Culver, un fabricant de produits capillaires basé aux Etats-Unis, devenant ainsi leader mondial du marché. Coût de l'acquisition: 3,7 milliards de dollars (2,7 milliards d'euros). Le lendemain, Unilever annonce une autre acquisition, celle des marques et du réseau de distribution du glacier grec EVGA (qui a réalisé en 2009 un chiffre d'affaires de 32 millions d'euros.)

Ce n’est pas le fric qui manque ! Les salariés vont devoir reprendre le combat. En effet, au printemps dernier ils avaient déjà mené une grève dans le cadre de la renégociation annuelle de la grille salariale. Ils exigeaient une revalorisation de 200 euros qui correspondait à une augmentation de 0,02 centimes de la part salariale sur des produits vendus 2 euros en moyenne. Evidemment on entend déjà certains esprits simplistes qui y verront une relation de cause à effet. Ces valets de la bourgeoisie prétendront que c’est à cause des grèves syndicales et luttes des « gauchistes » que les pauvres petits patrons sont bien obligés de délocaliser. Ils réagissent en travailleurs des pays impérialistes, considérant les travailleurs français comme des larbins fainéants et ceux des pays moins développés comme des esclaves. Ces idiots deviennent par-là même les agents d’une bourgeoisie qui pourtant les spolie allégrement eux aussi. Leur niveau de conscience des mécanismes du capitalisme se situe au-dessous du niveau de la mer et bien souvent font le jeu des nationalistes et protectionnistes de droite gauche comme de gauche, dans le meilleur des cas. Dans le pire ils rejoignent les rangs de l’extrême droite. Les patrons de ces multinationales ne sont là que pour répondre aux exigences des actionnaires, les véritables dieux de la bourse, qui font la pluie et le beau temps des travailleurs de toute la planète. Les patrons font ce qu’ils veulent. Ils ne répondent qu’aux lois des intérêts libéraux dictées par la recherche du plus gros taux de profit possible. L’anarchie règne !

Aujourd’hui les syndicats de Fralib tiennent des assemblées générales afin d’organiser la lutte, mais qu’espèrent-ils ?

Ils appellent au boycott des produits Lipton, soit. Mais cela n’a aucun poids pour une multinationale qui réalise son chiffre d’affaires dans le monde entier.

Ils invitent les représentants du personnel des usines des autres pays (Allemagne, Espagne) afin de coordonner l’action syndicale, c’est bien et nécessaire, de plus ça réchauffe le cœur des salariés ; la solidarité n’est pas un concept vain dans ces temps durs. Mais devons-nous nous attendre à la mobilisation de tous les travailleurs européens contre la fermeture du site de Gémenos ? Quand on voit la difficulté déjà rarement surmontée pour réaliser l’union au niveau national !

On se tourne alors vers les pouvoirs publics, on demande au préfet d’intervenir mais, quel pouvoir a-t-il face aux puissances de l’argent : proposer à la direction de maintenir le site une ou deux années de plus en échange de gros avantages fiscaux ? Et ce sont toujours les travailleurs qui payeront, in fine, sans garantie réelle. Il est clair que nous ne pouvons espérer de l’Etat la nationalisation, afin que les travailleurs continuent à faire tourner cette usine qui marche. Hier, comme demain, la rentabilité ne paie pas ! Bénéficiaire, le site du Havre a pourtant dû fermer et transférer sa production en 2007. Les enjeux de la lutte sont aujourd’hui de faire cracher l’argent à la direction, de bloquer l’usine afin que rien n’en sorte, ni machines, ni matières premières. Obtenir des indemnités les plus élevées possibles et le financement des plans de formation pour le reclassement de tous les salariés.

Il va falloir qu’ils apprennent à respecter l’humain ! Le patronat nous traite comme une variable d’ajustement. Nous ne sommes que des nombres qu’ils manipulent comme de vulgaires stocks de boulons, comme un parc à bétails qu’ils gèrent selon leur gré. Pour notre reconnaissance il faut frapper là où ça fait mal, au portefeuille – le nerf de la guerre. Qu’ils sachent que cela leur coûtera très cher de fermer un site viable. Si l’on veut pouvoir limiter la nuisance de cette machine infernale du dumping social et des délocalisations -que ce soit sur le territoire ou à l’étranger- il faut qu’ils payent. Et pas des cacahuètes ! Si l’on veut changer une fois pour toutes cette logique de l’argent alors, c’est le pouvoir qu’il nous faut ! Nous n’avons pas le choix, se sera le socialisme ou la mort ! Le travail de dépolitisation entrepris depuis plusieurs dizaines d’années par la bourgeoisie nous a fait perdre tout pouvoir. Bien aidée en cela par les médias, par l’effondrement des partis ouvriers et par la corruption des directions syndicales. Voilà que le patronat se retrouve les mains libres pour dicter sa loi et ses réformes. Ce pouvoir nous le retrouverons par la base ; par la puissance des assemblées générales. Unis nous sommes forts, nous imposerons nos conditions. La dignité se retrouve dans la lutte.

NEYA

Publié dans Combat n°17 Décembre 2010