Les coups de boutoir des travailleurs ont permis au peuple d’entrer en résonance, accumulant une énergie capable, de tout emporter sur son passage. Aujourd’hui la question se pose : à savoir quel avenir désire-t-on pour nous-mêmes ? Quel chemin emprunter ? Suivrons-nous l’exemple occidental ou serons-nous un modèle d’émancipation véritable pour les populations du monde entier ? Tel est l’enjeu, le défi que nous impose l’histoire en marche. Les puissances suprêmes du capitalisme, gouvernements étrangers et leurs laquais militaires ont plié sous notre force mais nos revendications n’ont pas pour autant été satisfaites. Nous voulons du pain, du travail, de la dignité ! Pas questions de reculer maintenant. En Tunisie comme en Egypte les régimes militaire et économique sont toujours en place, ils ont simplement fait sauter ce fusible interchangeable que l’on nomme « homme politique ». Ils amortissent les coups et se protègent en sacrifiant quelques têtes, en modifiant l’appareil politique.

Mais comme tout bon monstre, ce qui ne les tue pas les rend plus fort. L’appareil coercitif militaro-policier se relèvera renforcé s’il n’est pas abattu.

Ces armées et ces polices n’ont jamais été celles du peuple, aujourd’hui avec lui de peur d’être balayées, demain elles réprimeront et tireront sur les manifestants et les grévistes. Elles feront ce qu’elles ont fait hier et font encore à l’heure actuelle : protéger les intérêts économiques d’un système capitaliste dont la seule raison d’être est la recherche de profits au détriment de la population.

Le scénario encouragé par les Etats-Unis dans les deux pays est celui de la mise en place d’une assemblée constituante. Partout où le peuple gronde et montre les dents, partout où l’alternance gouvernementale ne suffit plus, l’assemblée constituante vient à la rescousse du capitalisme en danger. On la retrouve en Amérique Latine, en Islande et maintenant au Maghreb. Les organisations d’extrême gauche -électoraliste ou révolutionnaire- appuient dans leur majorité ce mot d’ordre. Par étapisme ou par dogmatisme, ces organisations staliniennes ou trotskistes, sèment dans la population des illusions réformistes ou du socialisme par en haut. Il n’y a pas de marchandage possible dans le parlementarisme bourgeois, ni de caractère révolutionnaire dans une assemblée constituante. C’est dans la lutte que les masses imposeront leurs propres organes de pouvoir : les assemblée générales et conseils ouvriers.

Mais pour en arriver là il faudra transformer la révolte populaire en Révolution, autrement dit prendre le pouvoir politique et économique, se rendre maître des usines, organiser une armée et une police du peuple. Non pas en s’appropriant la machine d’Etat bourgeois tel quel mais en la remplaçant par l’Etat ouvrier c’est à dire la « violence organisée » de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Chose impossible sans conscience de classe, sans éducation politique, sans parti révolutionnaire.

C’est précisément ce que nous enseignent les révoltes arabes de 2011. L’opposition actuelle, des islamistes (Frères musulmans et Ennahda) jusqu’aux jeunes blogueurs de facebook est entièrement soumise à la stratégie américaine, ils sont tous favorables à l’économie de marché qui affame les peuples, ils s’opposent aux grèves et aux luttes des travailleurs. Nul doute que les Tunisiens et Egyptiens retiendront les leçons de l’expérience qu’ils sont en train de mener. Construisons l’organisation qui nous mènera à victoire !

NEYA

Publié dans Combat n°19 Mars 2011